29 septembre 2001

>> [journal] Aujourd'hui je suis allé à l'American Library of Paris pour rendre des livres. J'étais très en retard, et quand on rend des livres en retard on a une amende, c'est comme ça. La dame qui m'a reçu et qui a enregistré mes livres en retour était charmante, pas le moindre reproche, elle m'a dit à quel montant s'élevait mon amende et s'est excusée d'avoir à me demander ça. Puis, alors que je payais, elle m'a remercié de donner de l'argent à la bibliothèque qui en a bien besoin. Elle était très sérieuse et en aucun cas ironique. L'American Library of Paris est un des endroits les plus civilisé de la capitale et je suis très fier d'en être membre.
>> [cinéma] Le nouveau film d'Hayao Miyazaki, le créateur de Princesse Mononoké, bat tous les records de fréquentation au japon (Yahoo-actualités):
En date du 20 septembre, 16 millions de Japonais avaient déjà vu "Sen To Chihiro no Kamikakushi -Spirited Away" ("Enlevée par les Esprits")-, sorti le 20 juillet, contre 14,2 millions pour Mononoke Himei, et il devrait dépasser Titanic (16,8 millions de personnes) d'ici la fin de la semaine, selon des médias spécialisés.
Le film comme beaucoup de créations de Miyazaki (notamment "Princesse Mononoke", "Laputa: Château dans le Ciel" ou "Nausicae de la Vallée des Vents"), a divers niveaux de lectures. Il raconte l'histoire de Chihiro, fillette de 10 ans, qui voyage avec ses parents et se retrouve avec eux dans un monde fantastique peuplé de démons et divinités étranges, vision clairement influencée par l'animisme shinto.
Le film devrait sortir vers la fin de l'année par ici.

28 septembre 2001

>> [musiques/rock] Le disque qui tourne le plus souvent sur ma platine en ce moment est NIGHT AND DAY II de Joe Jackson. Bien sûr la pochette porte une photo du World Trade Center pré 9-11, et l'artiste lui-même y est vu dans le rétroviseur d'un taxi. Cette image du rétroviseur incarne le fait que ce disque a quelque chose d'infiniment nostalgique. Involontaire d'abord, on ne verra plus jamais l'image des tours jumelles sans un pincement au cœur, au moins. Ensuite il faut se rappeler que cet album est la suite du NIGHT AND DAY du même Joe Jackson, de 1982. Un disque retour en arrière ou plutôt regard en arrière dans le rétroviseur. Mais rien à voir cependant, à l'écoute, avec le très beau, premier, NIGHT AND DAY. Il s'agit de pop-musique, de vrai pop, voire même de pop-classique. Les claviers, les voix, les cordes et les percussions — boites à rythmes omniprésentes — tout est très représentatif du genre, mais les mélodies sont douces, mélancoliques, un peu ironiques, lyriques par instant, nostalgiques mais pas tristes, sentimentales certainement, elles ont un charme immédiatement perceptible et les chanteurs — Joe Jackson, Sussan Deyhim, Dale De Vere et Marianne Faithfull sont impeccables. Cet album est tout entier une ode à la ville de New York City et peint son portrait. Il y a de tout: observation, humilité, histoire, innovations, poésie, harmonie, chaos et beauté. On reconnaît un air de Joe Jackson dès les premières notes, c'est la marque des grands. Il signe avec ce disque-concept une grande leçon de musique et de poésie.
it's a hell of a town
smoke coming up through the holes in the ground
it's a hell of a town
plenty of devils for taking you down
any time of night and day…

>> [politique] D'après Libération, Jospin et la gauche sont en fâcheuse posture:
Un chef de l'Etat requinqué par une crise internationale d'ampleur, une récession qui se précise, un chômage qui n'arrête pas de grimper, des Verts renvoyés à l'âge de pierre par la candidature Lipietz, un processus de Matignon en capilotade, une gauche de la gauche qui s'apprête à se ressourcer dans l'antiaméricanisme après avoir passé le printemps à communier dans l'antijospinisme. Bref, le bilan de quatre années de gouvernement pluriel est en péril.
>> [9-11] "Why we need conspiracy theories" se demande BBC news on-line:
We create alternate realities because we reject the world where a single madman can bring down a president, a reckless driver can snuff out a princess... and a few men with knives can terrorise a country.
The internet helps the theories grow and spread. An estimated 36,000 Princess Diana conspiracy web sites were created after her death.
Conspiracy theories are not unique to Western culture. Experts say they have operated in many societies throughout history.
On a certain psychological level, we appear to need them.

27 septembre 2001

>> [9-11] Stephen Jay Gould dans le Guardian ("Ground Zero's vital crumb of comfort"):
Good and kind people outnumber all others by thousands to one. The tragedy of human history lies in the enormous potential for destruction in rare acts of evil, not in the high frequency of evil people. Complex systems can only be built step by step, whereas destruction requires but an instant. Thus, in what I like to call the Great Asymmetry, every spectacular incident of evil will be balanced by 10,000 acts of kindness, too often unnoted and invisible as the "ordinary" efforts of a vast majority.
We have a duty, almost a holy responsibility, to record and honour the victorious weight of these innumerable little kindnesses, when an unprecedented act of evil so threatens to distort our perception of ordinary human behaviour.

>> [politique] De même, et comme toujours, The Economist de cette semaine est passionnant.
>>[9-11] Si vous lisez bien l'anglais, visiter le premier numéro de "The Onion" — revue satirique américaine en ligne — depuis l'attentat du 11 septembre. C'est très très bon.
>> [cinéma] Rencontre avec Woody Allen dans le Guardian (en anglais).
>>[9-11] Intéressantes informations sur la future campagne d'Afghanistan sur Yahoo France. La firme Cantor Fitzgerald a perdu 700 de ses employés dans la catastrophe, 70% de ses employés à New York. Mais aussi 300 sculptures de Rodin et d'autres artistes, une tapisserie de Miro, un Lichtenstein et un Calder.
>> [journal] Ce soir, temps magnifique, doux et clair soleil, je marche jusqu'à la gare St Lazare le long de la rue de Rome, puis le pont de l'Europe et la rue de Londres pour terminer par la rue de Budapest. Rue de Rome la vision d'un hélicoptère des pompiers se posant derrière les immeubles vers l'ouest, frisson, alors que je passe le pont de l'Europe l'hélicoptère redécolle et file vers le sud-est. Rue de Londres, je passe devant le modeste comptoir de Air Uzbekistan, triste, décati et fermé.
>> [actualité] En Suisse un dérangé assassine 15 personnes. On n'est à l'abri nulle part de la folie meurtrière, même en Suisse, apparemment. Il y a beaucoup d'armes en circulation en Suisse, tout le monde en a et les clubs de tirs sont florissants. C'est quelque chose qu'on ne dit pas.
>>[note perso] Étant un peu sur la touche à mon travail, car ayant fait une demande de mutation dont j'attends la réalisation, je fais, à longueur de journée, des accusés de réception aux clients grincheux qui écrivent pour se plaindre de telle ou telle anomalie, réelle ou imaginaire, importante ou vénielle. La réponse est quasiment toujours la même, je l'ai rédigé une fois pour toute; pour m'adapter aux circonstances je change quelques mots parfois et l'adresse de l'endroit où je fais suivre leur réclamation, plainte ou doléance, moi-même ne pouvant, dans 99% des cas, rien faire pour alléger leurs malheurs. Depuis mon retour de vacances, et à cause de ma demande de mutation, j'ai été mis hors du circuit, ostracisé par mes patrons en quelque sorte. Je me consacre donc à des tâches largement subalternes. Ce n'est pas vraiment désagréable mais c'est barbant.

26 septembre 2001

>> [philo] «Par réalité et par perfection, écrit Spinoza, j'entends la même chose.»
>>[9-11] Parfait éditorial de Pascal BRUCKNER dans Le Monde sur les attentats du 11 septembre, dont voici des extraits:
[...] Ce qui motive le terrorisme, ce n'est pas telle ou telle erreur de l'Europe ou de l'Amérique - et Dieu sait si nous en avons commis -, c'est la haine pure et simple. Cette haine est antérieure à toute excuse qu'elle se donne pour frapper, elle commence par haïr et cherche, ensuite, des raisons. Elle ne s'adresse pas à l'Occident pour ce qu'il a fait mais pour ce qu'il est. Notre crime, à ses yeux, c'est d'exister purement et simplement.
C'est pourquoi la recherche éperdue des causes, même si elle part d'une bonne intention, fait fausse route : la culture de l'excuse, l'explication par le désespoir, l'humiliation, exonère l'acte de son horreur et débouche sur la tentation de l'indulgence. "Ils ne peuvent pas avoir fait ça tout seuls, ils y ont été poussés par des circonstances extrêmes !" Hélas ! non! Aucune concession n'apaise les terroristes, ils tuent sans autre finalité que de tuer plus encore, ils veulent punir le genre humain tout entier d'être né. Si demain les troupes américaines évacuaient leurs bases d'Arabie saoudite, si le blocus onusien à l'égard de l'Irak était levé, si même Israël était rayé de la carte, ils n'en continueraient pas moins leur croisade meurtrière. Nous pouvons bien montrer les Etats-Unis du doigt, égrener la longue liste de leurs péchés, nous réjouir de l'humiliation qu'ils ont subie, nous sommes tous embarqués sur le même bateau. [...]
[...] Les réseaux dormants de la multinationale Ben Laden (ou de ses affiliés) ne sont pas peuplés de croyants mais de nihilistes. Ce n'est pas Dieu qu'ils célèbrent, c'est la mort, leur véritable idole, comme jadis les troupes franquistes qui s'écriaient "Viva la muerte" ou les divisions SS (sans qu'il y ait le moindre lien entre ces phénomènes)[...]
[...] Cette soif d'immolation ne se réfute pas, n'est pas une idéologie que l'on pourrait, comme jadis le communisme, discuter avec des arguments rationnels : elle se combat, se neutralise.[...]
[...] Nous pouvons donc rectifier le tir, changer de cap ; mais en aucun cas nous excuser d'être ce que nous sommes et resterons : les enfants des Lumières et de la prospérité.


25 septembre 2001

>> [roman] JORDAN FANTOSME (Jean Baptiste Evette)
Dans Londres en 1911, un homme est repêché dans la Tamise, blessé, comateux, il est recueilli par le patron d'un pub. Mais lorsqu'il se réveille il est amnésique. Il part à la recherche de son passé et de ceux qui ont voulu l'assassiner. Au cours de cette quête il pénètre une société secrète étrange et inquiétante et doit faire face à son passé.
Londres est magnifiquement décrite et l'histoire est prenante. Evette s'inspire de Dickens ou Wilkie Collins, à contre courant de la littérature moderne française, ici pas d'expérimentations textuelles mais une histoire, une bonne histoire, et bien écrite aussi, pourquoi pas.
Et dehors les brouillards à nouveau se refermaient sur Londres; des brouillards sales, jaunes ou verdâtres, qui étouffaient le ciel, estompaient les façades avant de les faire disparaître dans le néant; des brouillards qui semblaient devoir pousser au crime, sécréter des Mr. Hyde ou des Jacks l'Eventreur aux coins des ruelles de Wappings ou de Soho, déclencher des crises chez les fous de l'asile de Bedlam.


[roman] A QUATRE MAINS (Paco Ignacio Taibo II)
Mexique, Etats Unis, Espagne, Nicaragua. Stan Laurel, Houdini, Pancho Villa, Trotsky, Staline. Des journalistes, la CIA, un complot, le trafic de drogue, un anarchiste espagnol, un révolutionnaire bulgare… Dans ce roman, le meilleur de Taibo, c'est tout un monde qui nous est offert, et l'histoire du Xxème siècle qui défile. Le casting est formidable et le style étonnant, la structure en puzzle est très moderne mais reste très facile à suivre, et à la fin tous les fils tendus sont enfin noués, les personnages sont fascinants ou attachants, l'humour ironique et les observations intelligentes; le sujet: un complot de la CIA contre les sandinistes du Nicaragua. Le meilleur est le style de Taibo, très reconnaissable, un mélange de coups de sang, d'observations malicieuses, d'aphorismes à l'emporte pièce, d'immense culture populaire et de réflexions politiques sans concessions. Du grand art.
Saturnino Longoria observa attentivement le chef des "autres". C'était un homme d'une maigreur étonnante, avec une masse de cheveux blancs et le visage mal rasé. Un personnage qui ressemblait à un chanteur de country au sortir d'une cure de désintoxication.

>> [méta] Un lecteur de Douze Lunes (j'ai des lecteurs!) m'a fait remarquer qu'il n'y avait pas assez de conseils de lectures. J'en conviens. Dont acte.
Dorénavant vous aurez deux fois par semaine et plus si nécessaire un choix de livres récents ou plus anciens proposés à votre curiosité , à chaque fois deux livres (ou plus) avec une courte présentation et un lien sur Amazon.fr. Tous les genres seront représentés. Les éditions de poche et les versions françaises seront privilégiés, mais je ne m'interdis pas, de temps à autre de signaler un livre en anglais.

24 septembre 2001

>>[essais, poésie] J'ai essayé de m'y intéresser mais je n'ai pas pu. Philippe Delerm est un écrivain talentueux, il a attendu son succès avec patience mais non sans une certaine amertume. Maintenant qu'il a atteint la notoriété avec "La première gorgée de bière", ses écrits précédents sont tous réédités, sa bibliographie tient maintenant sur deux pages, un nouveau livre du même format vient de sortir. Ce sont pourtant des ouvrages minces et qui ne cassent pas trois pattes à un canard. J'ai le plus grand mal à ne pas m'agacer devant ces récits un peu poujadistes de bonheur provincial, de bons sens populaire, je les trouve un peu médiocres, voilà, un peu limités, les bonheurs de Philippe Delerm, ils sentent le renfermé, la soupe au choux, les raviolis du Lundi. Non que je rechigne sur le minimalisme, j'adore Christian Oster, Jacques Réda, Gil Jouannard, Pierre Sansot ou Jean Follain, j'aime ce vieux râleur de Léautaud. Mais les sujets de Philippe Delerm me rappellent les chansons d'Yves Duteil, dont j'ai horreur, leur mièvrerie un peu sirupeuse, leur gentillesse poisseuse, les gens biens, sans histoires. Ca m'évoque l'ennui de la vie du dimanche en province, la ballade au parc, les excursions familiales, genre visite de châteaux ou foire aux antiquaires et le douillet cocon du pavillon de banlieue aux franges de la campagne. J'étouffe quand je lis Delerm.

Sauf que... son dernier livre illustré par sa femme, Martine Delerm et dont le titre est "Fragiles" est excellent. Les illustrations sont merveilleuses et les textes, des aphorismes, des sentences ultra-courtes sont tous très beaux. Le sujet est plus ample, bien que traité de façon minimaliste, ce sont de petites méditations sur des notions comme l'absence, le bonheur, le rêve, le désenchantement, l'hésitation? Un livre à admirer et à méditer.

>> [note perso] Si ça se trouve ce qui, peut être, m'ennuie dans la prose de Philippe Delerm, en général, c'est la célébration de la vie de famille en province, l'évocation de ces visites à Paris, où on va un peu émerveillé mais d'où on repart soulagé, dès les emplettes faites, pour se réfugier dans son pavillon de Bernay dans l'Eure, de Vendôme ou de Château du Loir, les excursions à l'étranger, Londres, bien sûr, comment ne pas aller à Londres, s'entasser dans Oxford Street et visiter Madame Tussaud, s'amuser avec un petit mépris inavoué des facéties de ces sacrés anglais. Le calme et la douce vie de province, calme comme l'eau de nos rivières et respectable comme nos châteaux, loin de l'agitation, du bruit et des crimes des grandes villes, où l'on connaît tout le monde et où tout le monde vous connaît mais où on ne parle pas à tout le monde, sinon ce serait plus possible. Tout ce petit monde bien innocent mais un peu étouffant. Ce petit monde qui fait que je commence à avoir le spleen dès que je passe le périphérique et qu'il me faut une bien grosse motivation pour aller plus loin.


20 septembre 2001

>> Disques: Love And Theft Bob Dylan

Il est né le 24 mai 1941 à Duluth, Minnesota, sous le nom de Robert Zimmerman, il se fera connaître sous celui de Bob Dylan. Le plus grand "songwriter" de tous les temps a fêté ses soixante ans cette année. Il vient de sortir son dernier opus: Love And Theft.

Il est beau comme un astre sur la pochette en noir et blanc. Amaigri, tignasse folle, fine moustache, soupçon de barbe. Dylan est sûrement l'artiste le mieux conservé du rock, il ne fait pas une minute ses soixante ans. On pourrait penser que la vie qu'il a mené l'aurait marqué, mais non, le grand Bob est frais comme un gardon. Et il vient de nous donner un chef d'œuvre. Son précédent album: Time Out Of Mind était un dernier regard, lugubre et lointain mais somptueux sur ses peines de cœur. Love And Theft est tout sauf triste ou dépressif, au contraire pétulant et dynamique, plein d'humour et pétillant. Le maître revient sur sa jeunesse, se parodie lui-même et tout ça est bien réjouissant. Tous les styles qui ont fait sa carrière sont convoqués: blues, country, country-blues, rock classique, balades mais aussi rockabilly, pourquoi pas. Dylan revisite le passé sur le mode jubilatoire, son passé et le nôtre par conséquent. Celui de ma génération plus exactement. Grande nouvelle: Dylan a retrouvé sa voix, cette chose étrange rauque, cassée, nasillarde, chaude et rigolarde. Il l'avait un peu perdue dans ses précédentes productions, culminant dans Time Out Of Mind par une voix de fantôme alcoolique, glaciale. Et les musiciens sont ceux qui l'accompagnent sur scène — le fameux "never ending tour" — leur symbiose est parfaite, jamais Dylan n'a eu une telle complicité évidente avec des musiciens depuis The Band. Love And Theft est un album drôle, inventif dans la tradition, Dylan y est à son meilleur. Encore un chef d'œuvre, quel homme!
>> The Economist est le meilleur journal pour les questions de politique et d'économie planétaires. Cette semaine, son dossier sur les suites des attentats est passionnant. Ne pas oublier de lire aussi cet éditorial "Whatever its mistakes, the idea that America brought the onslaught upon itself is absurd". Editorial dont je ne peux m'empécher de citer les dernières lignes. Ah! C'est mon blog après tout!
America defends its interests, sometimes skilfully, sometimes clumsily, just as other countries do. Since power, like nature, abhors a vacuum, it steps into places where disorder reigns. On the whole, it should do so more, not less, often. Of all the great powers in history, it is probably the least territorial, the most idealistic. Muslims in particular should note that the armed interventions in Bosnia and Kosovo, both led by America, were attacks on Christian regimes in support of Muslim victims. In neither did the United States stand to make any material gain; in neither were its vital interests, conventionally defined, at stake. Those who criticise America's leadership of the world's capitalist system—a far from perfect affair—should remember that it has brought more wealth and better living standards to more people than any other in history. And those who regret America's triumph in the cold war should stop to think how the world would look if the Soviet Union had won. America's policies may have earned it enemies. But in truth, it is difficult to find plausible explanations for the virulence of last week's attacks, except in the envy, hatred and moral confusion of those who plotted and perpetrated them.

18 septembre 2001

>> On en a besoin:
(...)
When you open your mind
You'll discover the sign
That there's something
You're longing to find...

(chorus)
The miracle of love
Will take away your pain
When the miracle of love
Comes your way again.

Cruel is the night
That covers up your fears.
Tender is the one
That wipes away your tears.
There must be a bitter breeze
To make you sting so viciously -
They say the greatest coward
Can hurt the most ferociously.
But I'll show you something good.
Oh I'll show you something good.
If you open your heart
You can make a start
When your crumbling world falls apart.

(chorus)

EURYTHMICS

>> Le nouveau leader des conservateurs en Grande Bretagne, Ian Duncann Smith, rassemble un cabinet résolument à droite (The Independent). En attendant Tony Blair devient, assez justement, à mon opinion, un leader mondial incontestable (BBC). Go Tony!
>> Editorial intelligent et réfléchi de Anne McElvoy dans The Independent (London): "Anti-Americanism blinds the left to what's at stake".
>> Le rire c'est la vie! (Le Guardian, en anglais).
>> Une blague bosniaque: quelle est la différence entre un optimiste et un pessimiste? Le pessimiste dit: "ça peut pas être pire", l'optimiste dit: "mais si, mais si".
>> On dirait que les choses vont un peu mieux. J'écoute Classic Gold Digital (Classic Rock London) sur mon PC (plaisir d'avoir le câble: les radios sans coupures, du monde entier). Cette radio est faite pour moi: de vieux tubes essentiellement, les 60's, 70's au pire quelques incursions dans les 80's, les Bee Gees, Fleetwood Mac, Yes, Supertramp, les Stones, les Beatles, les Doors, l'accent british des animateurs… Tout ce que j'aime. Il n'y a rien de mieux pour se détendre. Ce matin j'ai fait un aller-retour à St Pierre des Corps, en train, pour le boulot. Parti à 7h45, revenu à 13h18. Visite éclair. Formation de trois heures. Que des filles dans l'assistance, deux mignonnes! Temps pourri, bouché, pluie fine, froid. J'ai ressorti ma parka, rangée depuis la fin mai. Il fait trop froid pour un mois de Septembre, le chauffage remarche dans mon immeuble, remis cette nuit. Fais des courses ce soir, de la nourriture. La vie reprend.
Les transports en commun sont bizarrement sous employés, par contre les bus n'avancent plus à cause du trafic des voitures individuelles. Peur? Possible, mais il y a quelque chose de différent.

16 septembre 2001

>> Dimanche morne et triste, je suis toujours très fatigué et comme je dors mal j'ai du mal à récupérer. J'avais de bonnes résolutions mais je ne les ai pas mise en application, j'ai passé le plus clair de mon temps à écrire sur les événements et leur suite, à faire des recherches et à penser. Dès demain il faut que je tourne un peu la page.
>> La cinquième symphonie de Malher me semble bien être la musique la plus appropriée à ces temps difficiles. Je l'écoute en boucle. Non que ça arrange mon moral, toutefois!

15 septembre 2001

>> Passé une grande partie de la journée à écouter France Culture, plus ou moins attentivement. Des débats consacrés à la catastrophe. Intelligents. Ca change.
>> Un livre qui est un trésor de poésie: Le "Dictionnaire de la Langue Québécoise" de Léandre Bergeron aux éditions VLB. Illustré d'exemples pittoresques. Le joual est une langue très riche, avec beaucoup d'emprunts à l'anglais mais francisés, marqué par l'ancien français, et avec un coté pratique, près de la terre très plaisant. Ouvrir le "Dictionnaire de la Langue Québécoise" au hasard et lire. C'est un exercice que je fais fréquemment, un exercice pour apporter de la fraîcheur, pour s'aérer le langage, se le débrider. J'aime la manière avec laquelle parlent les Québécois, leur accent. Je regarde le Journal Télévisé de Radio Québec sur TV5 de temps à autre et j'y trouve toujours une tournure qui m'amuse: "Le ministre de l'agriculture est très embêté" ou, lors de la grande tempête de neige de 1996: "Allez, nous les Québécois on est pas des lâcheux" (dit par le présentateur).

Pris dans le "Dictionnaire de la Langue Québécoise":
Déflaboxer: v.t. — Déprimer. Ex: I est tout déflaboxé.
Bécosse: n.f. — Cabinet extérieur. — Salle de bain.
Brèques: n.m. — Freins.
Agace-pissette: n.f. — Femme qui taquine sexuellement.
Rate: n.f. Se mouiller la rate — Boire des boissons enivrantes. En avoir sur la rate — Etre en colère.

>> Fatigué, obsédé par les images de la catastrophe, pessimiste, triste, nerveux, insomniaque, anxieux de l'avenir. C'est mon état en ce moment. Je suppose qu'on peut appeler ça un désordre post-traumatique.
Donc ce week-end je fais une pause. J'essaie de penser à autre chose. Je souffle.
Je vais aller voir ma petite nièce (un an et demie), jouer avec elle. Faire un tarot avec ma nièce et mon neveu. Je vais lire la Bible 2001 (nouvelle traduction), Jean Echenoz et Christian Oster. Je vais écouter Brad Meldhau, Jan Garbarek, Fleetwood Mac. Je vais regarder "Mon Voisin Totoro" en vidéo et me promener un peu dans Paris.

13 septembre 2001

>> Infographie excellente du scénario de l'attentat et du pourquoi de l'effondrement des tours du WTC, sur le site du journal espagnol El Pais (en espagnol mais très compréhensible). (via Kottke).
>>
"We're all gonna die, but three of us are going to do something. I love you honey."

Tom Burnett,
appelant sur son téléphone portable juste avant le crash du vol 93 près de Pittsburgh
>> Bernard KOUCHNER dans Le Monde aujourd'hui:
"Nous sommes tous, aujourd'hui, désormais des Américains; des Américains d'Europe. Les pères des victimes de New York ou de Washington furent à nos côtés contre l'horreur nazie. Nous devons aujourd'hui à leurs enfants, malgré nos divergences, la même solidarité sans faille et sans réserve face à cette nouvelle barbarie.

Il nous faut d'abord ne pas accepter. Ne pas accepter l'inhumanité parce que l'horreur nous submerge, que le nihilisme menace à nouveau, que le terrorisme sans frontière est devenu, pour certains, la règle. Il nous faut aussi ne pas dire "stupeur", ne pas dire "inimaginable". Cette horreur fut décrite, répétée, filmée, transformée en séries télévisées et en jeux vidéo pour les enfants du monde. Cette horreur a inspiré les adolescents. Elle a été donnée en modèle. A qui notre monde riche se donnait-il alors en spectacle?

Le mardi 11septembre 2001on a déclaré la guerre à la démocratie. C'est bien aux valeurs de l'humanité que se sont attaqués les criminels.

Ce n'est pas aux Américains que l'on s'en prend aujourd'hui mais bien à chacun d'entre nous, nous qui nous estimons démocrates, nous qui nous pensons des hommes libres. L'humanisme ne saurait être un pacifisme. Peut-être lui faudra-t-il encore, comme parfois dans l'histoire, assurer sa survie avec force.[...]"


>> Lettre du Dalaï Lama à Georges W. Bush.
>> Photos de Todd Rengel du Village Voice.
(via WorldNewYork).
>> Très impressionantes, ces photos à Ultradio. (via Grayblog).


12 septembre 2001

>> L'ATTAQUE:
- Intérréssant point de vue sur MSNBC
- Salon a une analyse de la cause de l'effondrement des tours jumelles.
- Témoignage dans "The Times" (Londres).
- Galerie de dessins de presse américains sur Slate.
>> Jean-Marie COLOMBANI, directeur du "Monde":
"Dans ce moment tragique où les mots paraissent si pauvres pour dire le choc que l'on ressent, la première chose qui vient à l'esprit est celle-ci : nous sommes tous Américains! Nous sommes tous New-Yorkais, aussi sûrement que John Kennedy se déclarait, en 1963 à Berlin, Berlinois. Comment ne pas se sentir en effet, comme dans les moments les plus graves de notre histoire, profondément solidaires de ce peuple et de ce pays, les Etats-Unis, dont nous sommes si proches et à qui nous devons la liberté, et donc notre solidarité."

11 septembre 2001

>> Témoignages dans les blogs (via notsosoft):
http://www.home.earthlink.net/~yodio/WTC.html
http://www.toothpickgirl.com/
http://www.saranwarp.com/
http://www.andyschest.com/
http://www.ultrasparky.org/
>> Grant Barret sur World New York raconte l'incroyable catastrophe.
>> Incroyable. Je suis sous le choc… le World Trade Center disparu, quatre avions de ligne… Je me pince, non je suis bien révéillé, CNN en fond sonore… On dirait un mauvais film catastrophe, mais c'est vrai. Le World Trade Center… New-York… Le Pentagon… Quatre avions de ligne… Des dizaines de milliers de morts...

06 septembre 2001

>> Ca s'est passé près de chez moi. On survit rarement à un coup de couteau dans le cœur, au sens figuré il arrive qu'on s'en remette, au sens propre non. La police dit que l'individu arrêté avait "un profil psychiatrique". Méfiez vous des gens qui ont un profil psychiatrique. Comment reconnaître un profil psychiatrique quand vous en rencontrez un, avant qu'il ne vous plante un couteau dans le cœur? Pas facile. Tenez, pas plus tard qu'aujourd'hui j'ai croisé au moins deux profils psychiatriques avérés. Un dans le métro, ligne 13, direction Asnières – Gennevilliers, entre Miromesnil et St Lazare, profil extrêmement psychiatrique, logorrhée et comportement aberrant à la limite de l'agressivité. Un autre rue de Rome, il marchait en regardant les trains de banlieue s'engouffrer dans la tranchée de St Lazare en riant d'un air profondément psychiatrique. Un jour, dans cette même rue de Rome, à peu près au même endroit, j'ai croisé l'acteur Jean-Claude Dreyfus (Delicatessen; les plats cuisinés Marie), il faisait pisser son chien, un rottweiller, et chantait à tue-tête un air de ce qui m'a semblé être de l'opéra pour une audience composée uniquement de trains passants en trombe. Mon passage près de lui ne l'a pas interrompu. Il avait l'air assez psychiatrique et quand on sait que dans Delicatessen il jouait le rôle d'un boucher homicide…
>> Où l'on parle encore de la Bible 2001, l'événement littéraire de la rentrée. Il faut admettre que c'est quelque chose d'étonnant et de remarquable, la traduction en français moderne est saisissante, on croirait parfois un texte écrit récemment, et sans trahisons apparemment. Témoin cette traduction de Jean Echenoz:
Second livre des maccabées, 2, 24-28 "Considérant le flot des chiffres, et compte tenu du mal qu'éprouvent ceux qui se plongent dans les récits de l'histoire vu l'abondance des choses, nous nous sommes attachés à produire un objet agréable à ceux qui souhaitent lire, commode pour ceux qui aiment se rappeler les faits, utile à tous indistinctement. Pour nous qui sommes chargés de ce travail pénible, ce n'est pas facile, c'est beaucoup de sueur et de veilles. Mais, de même que l'homme qui, pour le plaisir d'autrui, prépare un festin sans chercher la facilité, de même, pour le service public, nous supportons volontiers ce travail pénible. Laissant à l'écrivain un examen complet de chaque événement, nous tâcherons d'en suivre brièvement les grandes lignes."
>> Magnifique photo de la lune sur Astronomy Picture Of The Day (APOD).

05 septembre 2001

>> Ayant reçu de nombreuses menaces à la suite d'un article avançant que les obsèques de la chanteuse Aaliyah, récemment victime d'un accident d'avion, étaient un peu exagérément fastueuses, le journaliste Rod Dreher, du New York Post a laissé un message sur sa boite vocale:
"Si vous appelez à propos de mon article sur Aaliyah, appuyer sur 1 pour laisser une menace de mort, sur 2 pour une menace d'attentat, sur 3 si vous voulez que je sois viré, sur 4 pour utiliser des grossièretés, sur 5 pour les propos racistes, sur 6 pour les insultes anti-sémites. Et, s'il vous plaît, parlez avec une syntaxe cohérente, si vous le pouvez."
>> Il y a de tout dans les séries télé américaines, des bonnes et des moins bonnes, des franchement nulles et d'excellentes. Mais une caractéristique commune est qu'elles vieillissent mal. Ca tient à deux choses, en premier lieu le casting évolue, les acteurs se lassent plus ou moins rapidement, les plus talentueux partent tenter leur chance sur le grand écran, les autres se fatiguent du rythme de travail épuisant sur le tournage d'une série, certains se fâchent avec le producteur, d'autres exigent un salaire mirobolant. Les acteurs sont remplacés mais dans les bonnes séries les personnages qu'ils incarnent disparaissent avec eux et le remplacement est souvent difficile. Ainsi les trois-quarts du casting du NYPD Blue (New York Police Blues) d'origine est parti, ce qui a obligé les scénaristes à des astuces peu crédibles pour expliquer leurs disparitions, l'histoire s'en est ressentie, et les remplacements ne sont pas très bons. Parfois un élément essentiel du casting disparaît et toute la série souffre, ou ne s'en remet pas: le départ de Georges Clooney dans Urgences a quasiment ruiné la série, de même X-Files aura du mal à survivre sans David Duchovny. En second lieu, le ou les scénaristes du début s'en vont. Souvent c'est la lassitude qui a raison d'eux, il faut pondre 20 ou 24 scénarii par an, l'inspiration fait défaut et on a envie de faire autre chose. Là encore le remplacement n'est pas toujours à la hauteur. Et surtout il y a parfois une réelle alchimie entre scénaristes et acteurs voire même avec le producteur, alchimie qui fonctionne bien au début mais qui résiste mal aux diverses défections.
Combien en voyons-nous de séries qui démarrent bien et qui, les années passant, s'affadissent, se répètent, deviennent vulgaires, perdent tout intérêt. Témoins Ally McBeal, Urgences, New York Police Blues, Twin Peaks, X-Files, LA Law… C'est toujours triste de voir qu'on a pas su les arrêter à temps.

03 septembre 2001

>> Un dossier sur Jean-Pierre Abraham, écrivain, homme de mer, directeur de revue, auteur de la fameuse bible des Glénan et navigateur à voile.
J'ai connu Jean-Pierre Abraham. C'était mon chef de stage aux Glénan, en 1976 je crois. J'ai su plus tard que je lui avais fait forte impression par mon inertie à l'effort. C'est juste que je trouvais les Glénan très beaux, et la vie là bas assez amusante dans sa rusticité, mais que je n'aimais pas la voile, les vagues, les embruns et les bateaux… Evidemment, dans un stage de voile…!
Vous trouverez dans ce dossier une biographie, une bibliographie avec possibilité d'acheter ses œuvres en ligne, quelques critiques et une interview.

02 septembre 2001

>> France Culture a sélectionné quinze livres pour la rentrée littéraire. Avec lecture de quelques pages par les auteurs.
>> En plus d'être un triomphe d'ingéniosité et d'être économe (14 moteurs pas plus puissants que 14 sèche-cheveux, énergie solaire), d'être léger (2,6 T), Hélios est beau (photo, photo, photo). A terme, il croisera entre 20 et 30 000 mètres, à la vitesse de 30 à 40 km/h. Ce sera le premier "satellite atmosphérique".