31 octobre 2001

>> Libération - Les enfants terrifiants de l'islam - Daniel SIBONY Toujours intérressant le psychanaliste Daniel Sibony donne son point de vue sur les attentats et ce qui a nourri en son sein l'extrémisme islamique.
Par exemple quand ils lisent: «Vous formez la meilleure communauté suscitée pour les hommes: vous ordonnez ce qui est convenable, vous interdisez ce qui est blâmable, vous croyez en Dieu» (3,110) - ils en sont persuadés. D'autant que le même verset conclut: «Si les gens du Livre [juifs et chrétiens] croyaient, ce serait meilleur pour eux. Parmi eux se trouvent des croyants, mais la plupart d'entre eux sont pervers.» Ils en sont convaincus.

D'où le problème: le christianisme a mis vingt siècles (et une Shoah) pour stopper, à travers Vatican II, ses intégristes et bannir de ses textes la vindicte envers l'autre. L'islam peut donc prendre son temps. Mais la planète tiendra-t-elle jusque-là?

>> Le Monde : Le mollah Omar, chef suprême et autre cible de l'opération "Liberté immuable" Portrait du chef des talibans:
L'ascendant de Ben Laden sur mollah Omar et le pouvoir taliban s'accroît avec les difficultés politiques – sanctions onusiennes et isolement croissant – et militaires, face à la résistance des troupes du commandant Massoud. Ben Laden apporte trois atouts à ses alliés : une ouverture et des contacts internationaux, de l'argent – sa cassette aurait notamment aidé à compenser les pertes de revenus engendrées par l'interdiction la culture de l'opium – et des soldats à un moment où les talibans ont du mal à recruter dans une population épuisée par la guerre. Cette emprise s'est manifestée dès la fin 2000 et s'est illustrée par la destruction des bouddhas géants de Bamiyan, manifestation sans précédent de l'influence wahabite.

Depuis le 11 septembre et pour la première fois, mollah Omar a avancé des revendications similaires à celles de Ben Laden, liant ainsi nettement son sort à celui de son ami. Convaincu d'être dans la voie de Dieu, Mollah Omar n'a jamais été très accessible à une logique temporelle. Aujourd'hui, après plus de trois semaines de résistance à la plus grande puissance du monde, moins que jamais.

30 octobre 2001

>> The Times: No future in bin Laden revolution
Revolutions succeed where they represent the modern against the obsolete. Counter-revolutions fail. Even Nazism traded on the appeal of the modern. Bin Laden has identified his revolution not only with terror but with the reactionary and archaic brutalities of the Taleban. There are revolutionary forces at work in Islam; some Islamic societies are ripe for radical change. If Osama bin Laden had been able to identify his revolution with the real social and economic needs of Islam, he would have offered what revolutions must offer, a new dynamic towards a new society.

As it is, he has identified his revolution with everything that is most backward in the Islamic world. In the seven major revolutions of modern history, the future, however terrible, has always defeated the past. Anti-modernist revolutions have never succeeded, not even in Naples or the Royal Academy. Anti-modernism will not conquer Islam.

Osama bin Laden is not a serious revolutionary; he is a poseur, a silly but lethal boy.
(Via Follow Me Here).
>> YOU HIT ME FIRST A voir absolument, une collection de logos et slogans pris sur les différents websites des média américains, relatifs aux attentats et à la campagne d'Afghanistan.
(via Follow Me Here).

29 octobre 2001

>> Depuis longtemps je suis fasciné par le fait que plusieurs éléments puissent en se combinant produire une fonction résultante qui non seulement n'existe pas dans chaque élément pris individuellement mais en plus ne peut être que le produit d'une combinaison de ces éléments. L'action combinée produit un résultat d'un niveau supérieur qui n'existe pas dans chacun des composants pris individuellement. Par exemple l'association et le fonctionnement combinés de neurones produit un phénomène, la conscience, qui n'est pas à l'origine dans les neurones; ainsi en est il aussi de la fourmilière ou de la ruche, voire d'un ordinateur. On a alors affaire au concept d'émergence. La qualité produite, la fonction produite est dite émergente.
J'ai donc été particulièrement intéressé de découvrir les compte-rendus dans le Sunday Times et le Guardian d'un livre nouvellement paru de Steven Johnson qui s'appelle justement "Emergence".
We have only recently begun to recognize it, yet it exists at every level of our lived experience. It is fast becoming clear that our lives revolve around the powers of emergence. An ant colony behaves with an intelligence no particular ant possesses; a brain is conscious although no particular brain cell is; a city develops districts and neighbourhoods no planner could impose. In each case, complex problems are solved by a profusion of relatively simple elements. Order arrives from the bottom up, not top down. Such systems display emergent behaviour: the movement from low-level rules to higher-level sophistication. Media, technology and cultural critic Steven Johnson ranges from computer games that simulate living ecology to the guild system of 12th-century Florence; from the initial cell division that marks the very beginning of life to software that lets you listen to the sound of your own brain. The connections between these systems are not the links of poetic metaphor. Everywhere the same laws are obeyed, the same swarm logic is at work. Johnson unearths a secret history of decentralized thinking, looking at those like Adam Smith, Friedrich Engels and Alan Turing who contributed to the study of self-organization long before this became a recognized science. But most of all Johnson pursues emergence in the present, investigating the software that will soon allow artificial emergence to transform our media, bringing sweeping cultural and political change in its wake. This compelling and revelatory book is rich with insights into that future. "Emergence" allows us to witness the exhilarating arrival and sudden ascendancy of a potent new idea.

L'auteur, lui-même dans le Guardian: The simplest rule of all the systems I talk about in the book is: learn from your neighbours. An individual ant alters its behaviour based on the behaviour of other ants that it happens to encounter; out of all those semi-random encounters, the higher-level order of the colony emerges. A neuron in your brain decides to fire or not to fire based on the input from other neurons to which it is connected. A given "block" in the game SimCity decides to raise or lower its crime rate or pollution levels based on the crime or pollution in neighbouring blocks. All of these systems follow relatively simple rules, but they project those rules out over thousands (or, in the case of the brain, billions) of interacting agents. Given enough interactions, and given the right rules, something magical happens: the colony starts organising its workforce; the brain starts thinking; the simulated city comes to life on the screen.

>> Yahoo! Actualités - Colère de la droite et de Chevènement sur la Corse Et justifiée la colère, à mon avis. Outre les problèmes énormes que représente le fait de garder des prisonniers sur le territoire même de la Corse, le fait de concéder quelque chose aux terroristes ne renforce ni l'autorité de l'état, ni le fameux "état de droit" dont on nous rebat les oreilles dès qu'il s'agit de la Corse.
>> Yahoo! Actualités - Un forcené tue quatre personnes à Tours Comme quoi il n'y a pas qu'aux Etats Unis que les cinglés tirent au hasard sur les gens, même à Tours ville douillette d'Indre et Loire. M. Jospin a beau dire qu'il ne s'agit pas d'un problême de sécurité à proprement parler, je ne vois pas comment le fait qu'une personne puisse tirer et tuer quatre personnes au hasard dans la rue puisse relever d'autre chose que d'un problème de sécurité. D'où vient l'arme par exemple?

28 octobre 2001

>> A Glimpse Behind the Plot Against the American Embassy in Paris Djamel Beghal, arrété, a commencé à raconter comment Al Kaïda voulait lancer un attentat suicide contre l'ambassade des USA à Paris.
(Dans le New York Times, enregistrement gratuit pour y accéder).
>> Judge Sentences Two Ohio Men to Dress as Women Deux hommes reconnus coupables d'avoir lancé des bouteilles de bière sur une passante ont été condamnés dans l'Ohio à se promener dans le centre ville de leur bourgade habillés en femme.

27 octobre 2001

>> La Corrèze semble détenir une sorte de record de noms de lieus bizarres et pittoresques:

Arnac, Bar, Cublac, Curemonte, Chez le Turc, Chirac Bellevue (près du château de Bity?), Chèvrecujols, Espagnagol, La Bitarelle, Ladignac sur Rondelle, Le Rat, Les Récompenses, Loches (aussi une sous préfecture d'Indre et Loire), Magoutière, Sexcles, Tournevite, Toy Viam, Millevaches, Nazareth, Saint Cirgues la Loutre, Saint Merd les Oussines, Nespouls.

Merci à Philippe C., fidèle lecteur, qui m'envoie ce matin ces perles.
>> Les Inrocks-Livres: Les Coins Coupés de Philippe Garnier A l'age de la découverte du rock, je lisais Rock&Folk tous les mois, de la page 1 à la fin. J'adorais Philippe Maneuvre mais les articles qui me plaisaient et me faisaient rêver étaient ceux de Philippe Garnier. "Notre homme à Los Angeles" décrivait dans des articles délicieusement longs, dans un style très "nouveau journalisme" à la Michael Herr, un monde lointain, L.A., presque légendaire, le royaume du rock et du cinéma, de Chandler, du surf, d'une certaine décadence:
Dans l’univers de Garnier, Los Angeles fonctionne comme une Babylone hantée de fantômes, la grande poubelle de la culture populaire du 20è siècle, une mégalopole banlieusarde et étrange, habitée par les mythes et les mites du rock, du cinéma et de la littérature qui flottent à chaque coin de rue.
J'adore Philippe Garnier, c'est toute une part de mon adolescence, la découverte de l'amérique et du rock.
>> Muslims and Modernity  By Robert Wright L'auteur démontre, exemples à l'appui, que la chrétienté des origines est tout aussi intolérante que l'islam des origines et d'une certaine frange de nos jours, seules les circonstances de l'expansion économique ont fait de l'occident chrétien une société tolérante, démocratique et ouverte. Ce qui serait la meilleure chose à arriver à l'islam.
>> Le Point, le bloc-note de Bernard-Henry Lévy J'aurais envie de citer chaque phrase de ce très intérressant éditorial, tellement il résume, dans une très belle langue en plus, les idées qui me traversent l'esprit depuis le 11/9. Juste un passage:
Dommages « collatéraux », nous dit-on... Cette guerre serait condamnée par ses terribles dommages collatéraux... L'objection est plus sérieuse. Et l'idée d'un seul civil, d'un seul innocent, mort sous une bombe américaine donne la nausée. Mais comment faire autrement ? Les Américains, quand ils bombardaient les Allemands en Normandie, en 1944, n'atteignaient-ils pas, aussi, des innocents ? Et cela les empêcha-t-il d'être accueillis en libérateurs ? Je continue de penser que cette guerre d'Afghanistan est, aussi, une guerre de libération. Je continue de croire que la victoire des armées alliées sera vécue, sur place, comme la délivrance du peuple afghan.

Bush-Ben Laden même combat ? On commence, oui, d'entendre cela. On commence, au-delà même de la navrante Arlette Laguiller, d'entendre les habitués du café du commerce renvoyer dos à dos les « terroristes d'Etat » et ceux d'Al-Qaeda. Ce n'est pas seulement inepte. C'est infâme. Car c'est l'argument même du munichisme. C'est le raisonnement de ceux qui, en 1940, à gauche autant qu'à droite, renvoyaient dos à dos la City et Hitler. Ce sont les propres mots de ces autres antiaméricains qui, à l'époque déjà, refusaient de choisir, sic, entre « l'impérialisme anglo-saxon » et le nazisme. L'antiaméricanisme ? Une vieille passion française. Un vieux réflexe conditionné. Pour qui connaît, un peu, l'histoire des idées dans notre pays, c'est un thème qui naît à l'extrême droite et qui, au fond, y est resté.

26 octobre 2001

>> 100 Steps to Starbucks Une photo tous les cent pas! Le genre de truc qui m'amuse beaucoup, ne me demandez pas pourquoi. C'est du même ordre que les expériences de Georges Perec. Bref, j'adore ça et le résultat est pas mal du tout.

25 octobre 2001

>> Le Monde interactif : Au cœur du dispositif de crise de la Maison Blanche constitué par George W. Bush Les gens qui décident à Washington, qui ils sont, ce qu'ils font.
>> APOD: 2001 October 25 - Odyssey at Mars Belle photo de la sonde Mars Odyssey au dessus de la planête rouge.

24 octobre 2001

>> La sonde Mars Odyssey en orbite autour de la planète rouge
Après 200 jours d'un voyage solitaire et 460 millions de km, la sonde spatiale américaine Mars Odyssey 2001 s’est placée en orbite mercredi autour de Mars. Pendant deux ans et demi, sa mission consistera à mieux connaître la géologie et la composition chimique de la planète rouge. C'est la première fois qu'une sonde approche Mars depuis 1999.

>> Wired 9.10: The Fellowship of the Ring Looong article sur le film, Tolkien, les fans. Le premier film de la trilogie adaptée du Seigneur des anneaux va sortir au mois de Décembre. Un évenement majeur.
Tolkien enthusiasm is the champagne of fandoms. Despite superficial similarities, Middle-earthheads do not compare with Trekkers and Star Warriors. For one thing, Tolkien fans have been around a lot longer - people fell in love with Middle-earth when Lucas was still piloting go-karts. As readers of prose, Tolkien aficionados tend to go deeper than movie and TV fans. People across the globe analyze and speak Tolkien's invented languages, reconstruct his immense genealogies, and study the reams and reams of Middle-earth lore like literary archaeologists. Others enjoy more typically fannish activities, bringing Tolkien's world to life through painting, gaming, calligraphy, music, and live-action role-play. These people are having fun, but they are not kidding around. And now a $270 million Ring cycle has been made with them, at least in part, in mind.

23 octobre 2001

The New York Observer: Look Who's Back at 67: Gentle Leonard Cohen Je me doute que ceux qui ne tiennent pas spécialement à Léonard Cohen s'énervent un peu, mais moi je l'adore, et d'une, et la sortie d'un nouveau disque du Field Commander n'est pas chose fréquente, et de deux. En outre Ten New Songs est LE disque de 2001! Alors voici un autre article, OK?
It’s an R&B-inflected Zen pop album that, on the surface, is as soothing, sensuous and accessible as a Sade record. But, like any Leonard Cohen album, the lyrics offer a more complex, enriching experience. Though they are tinged with the kind of melancholy that one might expect from a world-class ladies’ man facing the loneliest stretch of life, they are ultimately comforting.
>> Libération - Diana Krall J'aime beaucoup cette chanteuse et pianiste de jazz, très classique.
>> Petit répertoire de signets "Cohéniens" (de Cohen, Léonard, auteur-compositeur canadien):


Le site officiel

Leonard Cohen files (énorme)

The Lyrics of Leonard Cohen

Le fan-site français

Prologues of Leonard Cohen (variantes et intros: une somme)

alt.leonard.cohen (usenet)

The Leonard Cohen Concordance

Bird on a Wire

Leonard Cohen Message Board

Speaking Cohen: a tribute to Leonard Cohen and his words

Sur Ten New Songs:

Le site français avec une liste de signets impressionante

Gadfly On Line interview et analyse.


22 octobre 2001

>> Our Poet of the Apocalypse Critique très intérressante de Ten New Songs.
>> Leonard Cohen:
I'm sentimental, if you know what I mean
I love the country but I can't stand the scene.
And I'm neither left or right
I'm just staying home tonight,
getting lost in that hopeless little screen.

Democracy (The Future).

>> Even Leonard Cohen cheats in the meditation hall Interview de Leonard Cohen à l'occasion de son nouveau CD.
It's taken so long to write and it was so much of my ordinary day even when I was in the mediation hall spending long hours -- I suppose I was supposed to be calming my mind or directing it to other areas, but I was working on the rhymes for A Thousand Kisses Deep. I found the mediation hall was an excellent place to work on songs. I could concentrate on a verse, work out the rhymes and the ideas would come.
(via wood_s_lot).
>> Derek Powazek: What the hell is a weblog? Une bonne introduction par un grand spécialiste. Mérite d'être lu et relu.

21 octobre 2001

>> Yahoo! Actualités - Claudie Haigneré en route vers l'ISS à bord d'un Soyouz I love this girl! Claudie Haigneré née André-Deshaie est une femme extraordinaire, brillante intellectuellement et très très belle.
>> The Mirror Project Une expérience intéressante: on se photographie soi-même dans n'importe quelle surface réfléchissante et on publie la photo accompagnée d'un petit texte. Tout le monde peut participer.
>> Bienvenue sur le nouveau look de Douze Lunes. C'est encore en travaux!

J'étais chez des amis hier et ce matin, en revenant, j'ai changé le look de Douze Lunes (c'est fini, promis, juré, pas de nouveau look avant un très long moment!). Et puis j'ai créé un petit frère à Douze Lunes: JR Files, un weblog du genre autobiographique (mais pas intime!), avec très peu de liens mais des choses plus personnelles (bien que publiques), allez voir, il n'y a pas grand chose encore mais ça va venir! Douze Lunes sera dorénavant plus tourné vers l'actualité et les liens vers des pages que j'ai envie de faire partager.

Ah, et puis j'ai enlevé un post du 19/10, je l'avais écrit dans un moment de mauvaise humeur, mais je me suis dit que ça n'avait pas sa place sur ce weblog qui se veut informatif avec une opinion, mais sans verser dans le polémique et le pamphlet.

19 octobre 2001

>> Stratfor: Mail Delivery Shows Limitations of Anthrax Attack
Delivering anthrax by mail suggests that the group or groups responsible have not yet produced sufficient quantities of anthrax or acquired the appropriate delivery method for a larger strike. Instead, by targeting the media and government officials, they have gained maximum effect with minimum effort. A few mailed letters have resulted in several thousand false alarms and hoaxes -- tying up police, fire, medical and hazmat teams, stirring panic among the populace, interfering with mail delivery and worrying politicians and the military.

Political leaders and their mouthpieces in the media, however, could be considered more legitimate military targets. This would allow a continuation of the terror war in America without driving Islamic nations closer to the United States. Given these political restraints and the technical difficulties of deploying anthrax, a widespread anthrax attack on a major metropolitan area remains unlikely. For the average American, the chances of getting anthrax remain extremely low.

>> Libération - Démocratie contre fanatisme par Marc Lévy Même thème, mêmes conclusions.
>> Libération - Ben Laden se fiche des palestiniens par Frédéric Encel Depuis le 11 Septembre le débat est de savoir si le terrorisme islamiste est dû à la pauvreté et à la frustation devant la politique américaine, en particulier en faveur d'Israël, ou relève du nihilisme et de la haine pure. Mon avis est qu'il y a des élements objectifs qui convainquent que le terrorisme relève du nihilisme, de la haine et du fanatisme religieux sans qu'on puisse rendre l'occident et les Etats Unis responsables de leur propre malheur, cet éditorial abonde dans mon sens avec pertinence.

18 octobre 2001

>> Je viens d'entendre José Arthur dire "savez-vous que le 11 Septembre c'est aussi le jour de la chute d'Allende?" Suivez mon regard...! (Oui j'écoute France Inter, je viens de changer pour mettre un CD, mon cher Léonard Cohen...).
>> Nouvel Observateur - Chronique/Jacques Julliard : Merci Ben Laden ! Excellent Jacques Julliard qui remet pas mal de pendules à l'heure, et dans un journal de gauche en plus. Editorial "coup de gueule". Je cite ce petit passage sur les Verts car il me met en joie:
Ah oui ! Les Verts. Eux n'ont même pas observé la trêve de rigueur. Cet étrange parti venu de nulle part est devenu en quelques années le chaudron de sorcières de toutes les névroses intellectuelles, le pandémonium de toutes les maladies politiciennes. Il tient du PSU par la bigarrure des opinions et des radicaux du temps jadis par les cabrioles et les pitreries de ses dirigeants. Irrévocablement zozo.
(Lien susceptible d'être obsolète dans une semaine).

>> Le Monde : "Qui essaie de me contacter ?" Traduction de l'article du New York Times que j'ai signalé mardi.
>> Le Monde: Le directeur du cabinet de M. Jospin ouvre le procès de la cohabitation C'est tout de même étonant et nouveau, pour dire le moins, qu'un haut fonctionnaire ne puisse attendre de ne plus être aux responsabilités pour publier ses mémoires! C'est stratégiquement assez stupide du point de vue de la gauche, comme toutes les gesticulations impatientes qu'on constate aujourd'hui.
>> Yahoo! Actualités - Djamel Beghal confirme les liens étroits unissant talibans et Al-Kaïda L'arme encore fumante, enfin...

17 octobre 2001

>> Nature by Mark Oatney Sur le site de journal E, très belles photos naturalistes. (En Flash).
>> Le Monde: Leonard Cohen, ou la douce mélancolie d'un Babylonien A propos de la sortie de son nouveau disque: Ten New Songs, très bon, il passe en ce moment sur ma platine. Un bon cru 2001, la voix est très grave et l'ensemble est un peu coloré par des voix féminines, les chansons sont du pur Cohen, lentes et hypnotisantes.
>> Yahoo! Actualités - Charbon en France : analyse négatives, les "tristes canulars" continuent Il y a vraiment des gens qui ne sont pas biens dans leurs têtes!

Un premier auteur de "canular" a été identifié: une habitante d'un village de la Somme a reconnu avoir envoyé une lettre contenant de la farine, "pour se venger de ses ennemis". Elle ne sera jugée qu'en novembre par le tribunal de grande instance d'Abbeville, "étant donné l'importance du dossier à constituer", selon la gendarmerie.

>> Elise est là! J'ai une petite nièce de plus, elle est née aujourd'hui à 8h40.
>> APOD: 2001 October 17 - Mars Engulfed Belle photo de Mars entièrement recouvert par une tempête de sable.

16 octobre 2001

>> Le seul truc un peu énervant avec blog*spot c'est les archives! Pas plus capricieux que ces trucs là! Il faut tout de même pas trop se plaindre. Mais c'est un peu usant surtout quand, en plus NOOS déconne.
>> 'We Have Some Planes,' Hijacker Told Controller Je sais que j'abuse avec ces histoires du 11/9 mais cet article du New York Times est vraiment excellent, une grand exemple de journalisme. Ce serait dommage de ne pas le signaler.
(Pour accéder au New York Times ont doit remplir une fois pour toute un enregistrement gratuit, n'hésitez pas à le faire, on ne risque rien et le contenu de ce journal est de trés haut niveau.)
>> Photo très étonante de Ground Zero (le site du WTC) vue à la verticale (satellite?).
>> No Glory in Unjust War on the Weak Barbara Kingsolver, qui écrit par ailleurs d'excellents romans, fait usage d'un style un peu grandiloquent dans ce plaidoyer pacifiste. De mon point de vue elle est très nettement à coté de ses pompes, mais à vous de voir.
Elle ne s'est pas seulement attiré les foudres de la droite avec cet article mais aussi d'une bonne partie de la gauche.
Pour moi, l'une des seules choses sensées dans ce qu'elle dit est que les "rations" sont un travestissement!
>> The Guardian | The great escape Où aller pour échapper à la menace terroriste se demande le Guardian qui propose, discutablement mais avec humour: une île dans le nord de l'Ecosse, les Maldives, la Syrie, le Monde (pas la planête, une monstrueuse ville flottante dont j'ai déja parlé), l'Antartique, Reading (Midlands), la Lune!
>> Le Monde : Pourquoi larguer du beurre de cacahuète dans la plaine de Khwaja Bahawudin  ? Il semble que les "HDR" ne soient pas particulièrement adaptées à l'alimentation afghane. Ce n'est pas vraiment étonant. Depuis le début je trouve cette idée de larguer d'un coté des bombes de l'autre des TV dinners est idiote. Il faut laisser l'humanitaire être fait par les humanitaires. Quitte à ce que l'armée fournisse la logistique pour amener ce qu'il faut là où il faut.
>> Fausse alerte finalement, à Paris. C'est probablement normal mais les bombes ne me fichent pas trop la trouille, alors que la menace biologique freaks me out!

15 octobre 2001

>> IHT: From Golden Arches to Lightning Rod Pourquoi McDonald's (ainsi que Coca Cola et Nike) est vu dans le monde comme la représentation des USA et le symbole de ce que certaines personnes détestent dans l'Amérique. De José Bové au Pakistan, McDo, qui fait la moitié des ses ventes à l'étranger et qui fait tous ses efforts pour s'adapter à la couleur locale, est la cible favorite de tous les mécontents de la politique américaine, et plus facile à attaquer que l'ambassade!
>> Interview de Salman RUSHDIE dans Télérama L'écrivain britanique vivant à New-York parle de son dernier livre prémonitoire: Furie, de sa ville, des attentats, de l'islam...
Je trouve que les musulmans devraient se demander pourquoi l'islam, quand il est une religion d'Etat, n'a jamais été capable de créer une démocratie. Pas une seule démocratie ! Diriez-vous que les Philippines sont une démocratie ? L'Indonésie ? L'Algérie ? Les Emirats ? Non... Le plus souvent, vous avez une tyrannie militaire ou religieuse ou les deux à la fois. Regardez le général Mucharraf, notre nouvel ami au Pakistan, Assad en Syrie, Saddam Hussein en Irak pour ne citer que les plus fréquentables... et les mollahs iraniens et les taliban à l'autre bout du spectre...

[...]L'Afghanistan souffre depuis si longtemps... Pourtant, c'était un pays magnifique. J'ai eu mon diplôme à Cambridge en 1968 - une bonne année soit dit en passant - et juste après, nous sommes partis en voiture, une petite voiture, avec un ami jusqu'en Inde. Nous sommes allés en Iran, il y avait encore le Shah à l'époque, mais le pays m'a énormément plu ; et puis nous sommes arrivés en Afghanistan où régnait encore le roi Zaher Shah. Il avait libéralisé le haschisch qu'on trouvait un peu partout sur les marchés avec le tampon royal doré. Il y avait la qualité A, B, C. Rien à dire sur la "Afghan quality", surtout la catégorie A qui était très, très bonne. C'était un pays incroyable, il y avait des écrivains, des intellectuels, c'était extraordinaire. Et puis le pays a été bouclé en 1973, au moment du coup d'Etat de Mohammed Daoud qui a donné naissance à la première République afghane...
>> L'age des pierres, journal de la semaine de Jacques Lacarrière
Quelques pages optimistes et cultivées du journal de ce grand bonhomme qu'est Jacques Lacarrière.
Je pense à tout cela en ce dimanche pluvieux, devant le port d'Antibes. De petits voiliers évoluent lentement, comme engourdis dans le sommeil marin. Des mouettes un peu plus loin tiennent un bruyant concile. Oui. Nous débarrasser une fois pour toutes des fausses espérances, des inutiles terreurs dont se nourrissent sans cesse les sectes, les Eglises et aujourd'hui les groupes terroristes.


>> Alertes au courrier suspect à Paris.
On ne sait pas encore s'il s'agit d'une attaque bio-terroriste, mais ils ont reçu des enveloppes avec de la poudre blanche. Faut pas trop s'affoler mais ça fait froid dans le dos!

14 octobre 2001

>> BUG d'après Jargon File:
bug n. An unwanted and unintended property of a program or
piece of hardware, esp. one that causes it to malfunction. Antonym of
feature. Examples: "There's a bug in the editor: it writes things
out backwards." "The system crashed because of a hardware bug."
"Fred is a winner, but he has a few bugs" (i.e., Fred is a good guy,
but he has a few personality problems).

Historical note: Admiral Grace Hopper (an early computing pioneer
better known for inventing COBOL) liked to tell a story in which a
technician solved a glitch in the Harvard Mark II machine by pulling
an actual insect out from between the contacts of one of its relays, and
she subsequently promulgated bug in its hackish sense as a joke about
the incident (though, as she was careful to admit, she was not there when
it happened). For many years the logbook associated with the incident
and the actual bug in question (a moth) sat in a display case at the
Naval Surface Warfare Center (NSWC). The entire story, with a picture
of the logbook and the moth taped into it, is recorded in the "Annals
of the History of Computing", Vol. 3, No. 3 (July 1981), pp. 285-286.

The text of the log entry (from September 9, 1947), reads "1545
Relay #70 Panel F (moth) in relay. First actual case of bug being found".
This wording establishes that the term was already in use at the time in
its current specific sense -- and Hopper herself reports that the term
`bug' was regularly applied to problems in radar electronics during WWII.

Indeed, the use of `bug' to mean an industrial defect was already
established in Thomas Edison's time, and a more specific and rather
modern use can be found in an electrical handbook from 1896 ("Hawkin's
New Catechism of Electricity", Theo. Audel & Co.) which says: "The term
`bug' is used to a limited extent to designate any fault or trouble in
the connections or working of electric apparatus." It further notes
that the term is "said to have originated in quadruplex telegraphy and
have been transferred to all electric apparatus."

The latter observation may explain a common folk etymology of the
term; that it came from telephone company usage, in which "bugs in a
telephone cable" were blamed for noisy lines. Though this derivation
seems to be mistaken, it may well be a distorted memory of a joke first
current among _telegraph_ operators more than a century ago!

Or perhaps not a joke. Historians of the field inform us that the
term "bug" was regularly used in the early days of telegraphy to refer
to a variety of semi-automatic telegraphy keyers that would send a
string of dots if you held them down. In fact, the Vibroplex keyers
(which were among the most common of this type) even had a graphic of a
beetle on them (and still do)! While the ability to send repeated dots
automatically was very useful for professional morse code operators,
these were also significantly trickier to use than the older manual
keyers, and it could take some practice to ensure one didn't introduce
extraneous dots into the code by holding the key down a fraction too long.
In the hands of an inexperienced operator, a Vibroplex "bug" on the line
could mean that a lot of garbled Morse would soon be coming your way.

Further, the term "bug" has long been used among radio technicians to
describe a device that converts electromagnetic field variations into
acoustic signals. It is used to trace radio interference and look
for dangerous radio emissions. Radio community usage derives from the
roach-like shape of the first versions used by 19th century physicists.
The first versions consisted of a coil of wire (roach body), with the two
wire ends sticking out and bent back to nearly touch forming a spark gap
(roach antennae). The bug is to the radio technician what the stethoscope
is to the stereotype medical doctor. This sense is almost certainly
ancestral to modern use of "bug" for a covert monitoring device, but
may also have contributed to the use of "bug" for the effects of radio
interference itself.

Actually, use of `bug' in the general sense of a disruptive event
goes back to Shakespeare! (Henry VI, part III - Act V, Scene II: King
Edward: "So, lie thou there. Die thou; and die our fear; For Warwick was
a bug that fear'd us all.") In the first edition of Samuel Johnson's
dictionary one meaning of `bug' is "A frightful object; a walking
spectre"; this is traced to `bugbear', a Welsh term for a variety of
mythological monster which (to complete the circle) has recently been
reintroduced into the popular lexicon through fantasy role-playing games.

In any case, in jargon the word almost never refers to insects.
Here is a plausible conversation that never actually happened:

"There is a bug in this ant farm!"

"What do you mean? I don't see any ants in it."

"That's the bug."

A careful discussion of the etymological issues can be found in a
paper by Fred R. Shapiro, 1987, "Entomology of the Computer Bug: History
and Folklore", American Speech 62(4):376-378.

[There has been a widespread myth that the original bug was moved
to the Smithsonian, and an earlier version of this entry so asserted.
A correspondent who thought to check discovered that the bug was not
there. While investigating this in late 1990, your editor discovered
that the NSWC still had the bug, but had unsuccessfully tried to get
the Smithsonian to accept it -- and that the present curator of their
History of American Technology Museum didn't know this and agreed that
it would make a worthwhile exhibit. It was moved to the Smithsonian
in mid-1991, but due to space and money constraints was not actually
exhibited for years afterwards. Thus, the process of investigating
the original-computer-bug bug fixed it in an entirely unexpected way,
by making the myth true! --ESR]

Intérressant, non?
>> Deux articles qui valent la peine d'être lus dans l'International Herald Tribune:
- By Limiting Targets, U.S. May Have Foiled a Bin Laden Plot
- It Will Take a New Cold War to Defeat the Terrorists

Et puis ce très bon, mais discutable, article de John Le Carré dans le Sunday Times:
- The making of a master criminal
Et après ça on dira que je n'essaye pas d'être objectif!

Et il n'est pas inutile de relire l'essai datant de 1993 -- discutable aussi mais qui a le mérite de faire penser -- de Samuel P Huntington:
-The clash of civilisations

Pour se changer les idées (assez moroses en ce dimanche), voyez cet article sur les cochons fluorescents (Ah, c'est pas roboratif? Bon, non, c'est vrai! Mais c'est quand même un peu drôle dans son genre de dinguerie).

13 octobre 2001

>> Mon "top ten" films à la date d'aujourd'hui:
1- Princesse Mononoké (Hayao Miyazaki).
2- Apocalypse Now (Francis Coppola).
3- 2001 L'Odyssée de l'Espace (Stanley Kubrick)
4- La trilogie Star Wars (oui, ça fait trois films, mais tant pis) (George Lucas).
5- Danse Avec Les Loups (Kevin Costner).
6- Paris Texas (Wim Wenders).
7- Tigres et Dragons (Ang Lee)
8- Pulp Fiction (Quentin Tarantino).
9- Orange Mécanique (Stanley Kubrick)
10- Les vestiges du jour (James Ivory)

>> Article dans le Guardian sur les studios Ghibli, les producteurs de dessins animés qui ont un succès énorme au Japon avec les fims de Miyazaki tels que "Princesse Mononoké" ou le dernier "Spirited Away"("Sen to Chihiro no Kamikakushi").
"Princesse Mononoké" ressort en France sur grand écran à partir du 24 Octobre (youpi!), le DVD et la VHS devraient être disponibles à compter du début Janvier, le nouveau film sort en France le 16 Janvier. Banzaï!
En attendant on peut écouter la magnifique musique de Joe HISAISHI, pour Mononoké.
>> V.S. NAIPAUL, Prix Nobel de Littérature 2001.

Quelques livres de NAIPAUL à lire:

Une Maison pour M. Biswas
Un magnifique roman, l'histoire d'un homme en lutte contre la pauvreté et les préjugés raciaux, dans l'île de Trinidad. La patrie de VS NAIPAUL.

Une virée dans le Sud
Un très intéressant reportage sur le Sud des Etats Unis.

L'Enigme de l'arrivée
Récit autobiographique, le départ de l'auteur de Trinidad et son installation en Angleterre.

Jusqu'au bout de la foi
Un reportage dans l'islam non-arabe, particulièrement d'actualité.

L'Inde, un million de révoltes
Reportage en Inde, fascinant, étourdissant.

Enfin par Paul THEROUX:
Sir Vidia's Shadow (Pas traduit en Français).
Paul THEROUX raconte sa rencontre, son amitié et sa rupture avec V.S. NAIPAUL, un trés bon portrait de cet auteur hors du commun.

Et cette conférence donnée par V.S. NAIPAUL en 1990 au Manhattan Institute, sur l'écriture, la civilisation universelle, l'espoir et la poursuite du bonheur, dont voici deux extraits qui prennent une dimension nouvelle par ces temps de fanatisme:
Philosophical hysteria—those were the words I wanted to give to you, and I think they still apply. They bring me back to the list of questions and issues that the senior fellow of the Institute, Myron Magnet, sent to me when he was in England last summer. Why, he asked, are certain societies or groups content to enjoy the fruits of progress, while affecting to despise the conditions that promote that progress? What belief system do they oppose to it? And then, more specifically: why is Islam held up in opposition to western values? The answer, I believe, is that philosophical hysteria. It is not an easy thing to define or understand, and the Muslim spokesmen do not really help. They speak cliches, but that might only be because they perhaps have no way of expressing what they feel. And some have overriding political causes; and others are really religious missionaries rather than scholars. […]

The universal civilization has been a long time in the making. It wasn't always universal; it wasn't always as attractive as it is today. The expansion of Europe gave it for at least three centuries a racial taint, which still causes pain. In Trinidad I grew up in the last days of that kind of racialism. And that, perhaps, has given me a greater appreciation of the immense changes that have taken place since the end of the war, the extraordinary attempt of this civilization to accommodate the rest of the world, and all the currents of that world's thought.

I come back now to the first questions Myron Magnet put to me earlier this year. Are we only as strong as our beliefs? Is it sufficiently merely to hold a worldview, an ethical view, intensely? You will understand the anxieties behind the questions. "The questions, of course, for all their apparent pessimism, are loaded; they contain their own answers. But they are also genuinely double-aged. For that reason they can also be seen as a reaching out to a far-off and sometimes hostile system of fixed belief; they can be seen as an aspect of the universality of our civilization at this period. Philosophical diffidence meets philosophical hysteria; and the diffident man is, at the end, the more in control.

Because my movement within this civilization has been from the periphery to the center, I may have seen or felt certain things more freshly than people to whom those things were everyday. One such thing was my discovery, as a child, a child worried about pain and cruelty, my discovery of the Christian precept, Do unto others as you would have others do unto you. There was no such human consolation in the Hinduism I grew up with, and though I have never had any religious faith—the simple idea was, and is, dazzling to me, perfect as a guide to human behavior.

A later realization—I suppose I have sensed it most of my life, but I have understood it philosophically only during the preparation of this talk—has been the beauty of the idea of the pursuit of happiness. Familiar words, easy to take for granted; easy to misconstrue. This idea of the pursuit of happiness is at the heart of the attractiveness of the civilization to so many outside it or on its periphery. I find it marvelous to contemplate to what an extent, after two centuries, and after the terrible history of the earlier part of this century, the idea has come to a kind of fruition. It is an elastic idea; it fits all men. It implies a certain kind of society, a certain kind of awakened spirit. I don't imagine my father's parents would have been able to understand the idea. So much is contained in it: the idea of the individual, responsibility, choice, the life of the intellect, the idea of vocation and perfectibility and achievement. It is an immense human idea. It cannot be reduced to a fixed system. It cannot generate fanaticism. But it is known to exist; and because of that, other more rigid systems in the end blow away.


12 octobre 2001

>> Un nouveau cas d'anthrax découvert, cette fois-ci à New York au siège de la chaîne NBC, au Rockfeller Center. Après les trois cas en Floride ce nouveau cas laisse à penser qu'il y a bien une attaque bio-terroriste en cours aux Etats Unis. A chaque fois il semble que la maladie ait été envoyé par une lettre contenant de la poudre -- et des microbes. Dans les deux cas ce sont des media qui sont attaqués, garantissant par là une bonne couverture médiatique, le tabloïd britannique The Sun en Floride, la chaîne de télévision NBC. Attendez vous à en voir d'autres. On dit toujours que les terroristes n'ont pas les moyens de répandre massivement les germes, mais ils n'ont pas besoin de le faire, il suffit d'en envoyer de petites quantités par la poste pour contaminer quelques personnes et pour faire flipper tout un pays, déstabiliser, terroriser, poser des problèmes économiques et faire parler, sans risque cette fois-ci pour la propre personne des terroristes. Le problème avec les terroristes, c'est qu'on pense toujours qu'il vont employer les grands moyens alors qu'ils utilisent des moyens extrêmement économiques, quoique coûteux en investissement humain pour arriver à leurs fins: les cutters, les enveloppes aux germes d'anthrax. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cultiver des germes d'anthrax n'est pas si difficile, la secte Aum en avait répandu à 8 occasions à Tokyo avant d'avoir recours au gaz Sarin.

09 octobre 2001

>> D'une main on bombarde de l'autre on envoi des rations. Wow! c'est la guerre moderne.
Les fameuses rations s'appellent des Humanitarian Daily Ration ("HDR" en jargon militaire), très politiquement correctes, pas de viande, valeur calorique étudiée. Elle contiennent (promis, je n'invente pas): de l'orge cuit, des haricots en sauce tomate, du beurre de cacahuètes, de la confiture, des biscuits, des cookies, des patisseries, une cuillère, un sachet de sel, un sachet de poivre, des allumettes, une serviette en papier et une petite serviette humidifiée. Cout du sachet: $4,25.
Faut pas rigoler avec ces choses là, je sais.

08 octobre 2001

>> Quand CNN montre un écran tout vert où apparaissent quelques vagues lumières c'est qu'on est en guerre. Comme en 1991, pendant la guerre du Golfe et lors des incidents suivants, on maintient à l'écran cette image verte où strictement rien n'est distinct. C'est totalement ridicule. J'ai fait un peu de plongée et cet écran vert me rappelle ce qu'on voit quand on plonge en Atlantique juste après un coup de vent, on plonge dans une purée verte, on tend son bras et on ne voit plus sa main. Ca ressemble vraiment à l'écran de guerre de CNN. Je me demande bien quel idiot peut trouver à ça une quelconque valeur informative.
>> Poignée de liens sur des éditoriaux intérressants: Déconcertant progressisme, par Alain Finkielkraut, (Le Monde); Injustifiable terreur, par Monique Canto-Sperber, (Le Monde); Tous coupables ? Non, Par Pascal Bruckner, (Le Monde); Les "héros" d'une antimondialisation frénétique, par Joseph Maïla, (Le Monde); Télévision : La kalach de Ben Laden, par Dominique Dhombres, (Le Monde, toujours!).
>> Et parce qu'il faut bien rire un peu dans ce monde si triste, je vous recommande, chers lecteurs qui lisez un peu l'anglais et qui connaissez le grand Tolkien cette "Tolkien Sarcasm Page", excellente, en particulier le Saruman's Diary. Et si vous voulez connaitre votre nom en hobitt reportez-vous à cette page. Mon nom à moi est Olo Brambleburr of Bindbale Wood. Super, non?

07 octobre 2001

>> Quand je me suis lancé dans ce blog, je ne savais pas trop ce que j'allais mettre dedans. Il existe plusieurs milliers de weblogs. C'est à mon avis la meilleure chose qui ai pu arriver au web, bien loin devant l'e-commerce. Je ne suis pas loin de penser que tout le monde devrait avoir un weblog, encore faut-il avoir quelque chose à dire! Il y a plusieurs formes de weblogs, ceux qui sont des recueils de liens, des pré-surfs ou des guides de surf, qui recommandent en général les choses qui intéressent le blogueur, avec plus ou moins de commentaires; d'autres qui sont des journaux intimes en ligne, sans liens ou presque pas; et ceux qui sont entre ces deux catégories, parfois diary, parfois guide du web; il y en a qui sont de qualité quasiment professionnelle et qui ont une audience assez large, d'autres qui sont de petites choses éphémères et bricolées, souvent touchantes. Il y en a qui se concentrent sur un seul centre d'intérêt avec quelques rares incursions ailleurs: les techniciens de l'informatique et du web sont légions, et ceux qui ne parlent que de musique, de B.D., de livres, de politique, de plantes, d'animaux domestiques, que sais-je encore.

Je ne sais pas encore toujours bien de quoi j'ai envie de parler dans ce blog, sinon que je n'ai pas de priorité ni de spécialité. Je m'intéresse à un certain nombre de choses et j'essaye de partager un peu de ce qui m'intéresse: en général c'est l'actualité (je suis un news-junkie), tout ce qui est politique et culture des pays dit "anglo-saxons", les livres, le Japon, un peu de musique et un peu de notes personnelles sur ma vie quotidienne, éclectique, tout en étant assez confiné (contradiction). La tentation est grande d'être polémique, j'essaye de ne pas trop tomber dans ce travers mais parfois j'ai des opinions assez bien ancrées et ça se voit. Le fait de n'être pas ferme dans le message, c'est à dire de ne pas avoir un weblog bien spécialisé dans un certain domaine ou dans un certain style (perso/info), me cause beaucoup de soucis et d'insatisfactions sur le contenu de mon blog. C'est une des raisons qui font que Douze Lunes est encore privé, bien que le contenu puisse intéresser, je pense, plus de gens que ceux à qui j'ai donné l'URL. L'autre raison c'est que je ne suis pas assez satisfait du contenu et du style dans lequel j'écris, plein d'options se présentent et j'ai du mal à en choisir une, je tâtonne et ça se voit. J'ai eu envie de laisser tomber plusieurs fois ou de tout radicalement changer ou encore d'ouvrir un autre blog exclusivement en anglais, ou d'ouvrir un blog ultra-spécialisé, mais la solution à mon problème n'est pas là, il faut que je travaille sur ce que j'ai, ce blog, pour le rendre plus conforme à ce que je voudrais qu'il soit pour me satisfaire et par là, s'ouvrir à un public.

Quand on écrit dans un weblog c'est pour que quelqu'un vous lise, il est vain de se voiler la face, je serais content d'avoir un public, même modeste. Pour l'instant je n'ai aucun moyen de savoir qui lit mon weblog, pas de conteur d'accès, pas d'index de référence... et pas de feedback. A vue de nez je dois avoir quatre ou cinq lecteurs réguliers! Bien sûr comme je ne suis pas encore sûr de moi et de la qualité de ce que je fais, je ne fais aucun effort pour me faire connaître. Même pas de la communauté weblog. Mais c'est quand même mon but d'avoir un petit public. Mais qui peut bien s'intéresser à ce qu'il y a dans ce weblog? Des gens comme moi, des francophones qui parlent et comprennent l'anglais, qui ont un peu de temps, la trentaine, qui surfent beaucoup sur le web, qui lisent, qui s'intéressent à l'actualité et à Internet et qui ont une propension certaine pour le monde anglo-saxon (USA, GB, Australie, Canada, NZ). Comme cible démographique, ça fait pas large! Quelques dizaines de québécois, peut être, et autant de français, un belge ou deux, un suisse roman, ma famille et mes amis qui me lisent par affection, et encore pas tous!... Mais ce portrait du lecteur type est exactement ce que je suis, et n'est-ce pas finalement la finalité d'un weblog, de s'adresser à des gens qui vous ressemblent, une plus ou moins grande catégorie démographique, mais qui se retrouvent dans ce que vous écrivez ou conseillez de lire sur le web. L'Internet est grand, vive l'Internet, il y en a pour tout le monde!

Ce qu'il y a de certain, c'est que j'écris dans ce weblog par plaisir, par plaisir de m'exprimer, d'attirer l'attention sur des choses qui m'ont passionnées ou émues, et n'est-ce pas suffisant?

06 octobre 2001

>> Deux éditoriaux dans Libé sur New York City. Le premier par Anne Raulin, sociologue de la ville, analyse fort pertinemment la dimension symbolique, métaphorique de la destruction des tours jumelles.
La métaphore du corps urbain n'en est quasiment pas une: c'est bien physiquement que la ville s'impose à ses citadins, c'est en son sein que l'on naît, vit, travaille, meurt... Sa solidité, sa pérennité nous rassurent, disait encore Halbwachs: que dire de l'angoisse qui nous assaille quand ce corps est agressé, détruit, mutilé... Le traumatisme est pour chacun de nous. Il y va d'une relation affective qui est aussi une relation d'identification: cette ville que nous aimons ou que nous détestons, nous l'incorporons, peu ou prou, à notre corps aimant ou défendant. Aussi le symbole n'est pas vécu à travers le seul intellect, car il n'est pas seulement véhiculé par le verbe, mais aussi par l'image, mais encore par le corps. Il y va d'une participation entre le corps du citadin et celui de la ville: en cela, quelles que soient notre civilisation, nos civilisations, nous demeurons «primitifs», au sens de non-dissociés du monde qui nous entoure. Solidaires de lui, par toutes nos fibres, et non au-dessus, dominants ou supérieurs, tramés dans une commune humanité.
Et Yves Simon, écrivain, chanteur, dans "Manhattan 2001, le début de l'Histoire" montre comment la ville de New York qui avait effacé l'Histoire européenne et même la sienne propre de ses rues et de son architecture est rattrapé par l'Histoire.
New York, numérisé, fut une ville que l'Histoire ne traversa pas. Chaque péripétie en fut rasée, camouflée et remplacée par un building plus beau, plus mince et plus haut. A chaque aube nouvelle, le passé s'est effacé tandis que la ville renaissait jeune et arrogante, vierge et sans mémoire.

Fuir l'Histoire, là où elle n'avait de prise.

Au matin du 11 septembre 2001, c'est bien elle qui fit son entrée dans ce Wonderland, et elle fut fracassante. New York l'intouchable subit de plein fouet sa première blessure narcissique.

"Ville debout, bien raide et pas baisante", comme la décrivait Céline, brisée de deux tours effondrées, l'île de Manhattan tout juste connectée au temps d'ailleurs, celui de la guerre et d'un dérèglement religieux, vient de prendre de plein fouet un monde qu'elle croyait virtuel et qui l'a contrainte, dans sa fulgurance, au réel et à sa dialectique... Par-delà la compassion et l'effroi, comment ne pas songer à cette ultime étrangeté: New York, narcissique et païenne, ville défigurée au nom de Dieu?

>> J'aime bien Tony Blair mais je me demande si les attentats du 11 septembre ne lui ont pas un peu pris la tête. Comme tout un chacun les hommes politiques peuvent souffrir de désordres post-traumatiques. Tony Blair se comporte comme le secrétaire du département d'état américain, à croire que Colin Powell — qu'on ne voit plus beaucoup ces temps ci et c'est inquiétant — lui a cédé la place. Mais en plus son discours devant le congrès du parti travailliste frise le délire messianique. Il veut non seulement vaincre le terrorisme mais, comme le dit un éditorial de The Economist que je traduis
Dans son discours de Brighton le premier ministre de Grande Bretagne à non seulement promis de châtier ben Laden et ses protecteurs Taliban. Il a promis de solutionner la guerre au Congo. Et pas seulement au Congo. M. Blair expliqua ses plans pour ramener la démocratie, les gouvernements vertueux et la prospérité à toute l'Afrique. Il a aussi appelé à la défaite du réchauffement planétaire, à la création d'un état palestinien, à la justice en Irlande du Nord, à plus de libre-échange, au ralliement de la Grande Bretagne à l'Euro ( quand les conditions économiques s'y prêteront), à une alliance entre l'esprit d'entreprise américain et l'esprit de solidarité européen, à la construction de ponts, au réalisme mais aussi à l'idéalisme, à la paix mais avec une force de défense puissante, à une économie flexible et à la justice sur le lieu de travail, aux investissements publics (mais non aux dépenses publiques), à la réforme mais non à la privatisation de la sécurité sociale, aux riches pour donner aux pauvres , à la compréhension de l'islam mais aussi du christianisme et du judaïsme, à la liberté non seulement en Grande Bretagne mais aussi pour "les affamés, les misérables, les dépossédés, les ignorants, ceux qui vivent dans le besoin ou la misère des déserts de l'Afrique du Nord aux bidonvilles de Gaza, aux montagnes d'Afghanistan".
Vaste programme! Matthew Parris du Times, qui a une plume trempée dans le vitriol et pas toujours les même opinions que moi, loin s'en faut, mais que j'aime à lire pour son style et son ironie, y voit une attitude grandiloquente assez habituelle du premier ministre devant les membres du Labour:
Pre-Speech, this was a country incapable of tracking down a handful of harmless asylum-applicants who had gone to ground here because their applications had been turned down; post-Speech the most wicked, bloodthirsty and cunning fiend in the world and all his accomplices are to be plucked from their lairs in faraway mountains and (along with all who support them worldwide) “eliminated” (Blair’s word), after which good government is to be instituted in Afghanistan.

Pre-Speech we had not the wit or resources to surround a small hole in the ground near Calais and stop a few pathetic jobseekers with wirecutters from running into it. Post-Speech we can lead a “sort out” (his phrase) of the former Belgian Congo — a task on which many former Belgians could advise, could they but speak from the grave. Pre-Speech we could not organise a timely hip-operation. Post-Speech we can “heal” (his word) Africa.

This is the scale of the battle into which our Gucci-shoed bombardier is to lead us, death or glory. This speech reorders our world.
et de continuer:
Look, I’m not saying Tony Blair doesn’t believe this stuff when he says it. The bad news is that he probably does. But there’s better news. He doesn’t do it, once he’s said it. So relax. It may not happen.

And, no, his chickens will not come home to roost for as a nation and as a news media we are into short-term memory loss, big time. The Prime Minister will not have to march his troops down from the top of the hill, for they never followed him up it in the first place. These are speeches, not marching orders.

And don’t think I’m saying he should be held to his promises. I’d rather he wasn’t. Much better he be allowed to forget them, and led gently by his civil servants to a place of safety.

To the attic, then, with the Giving Age. To the attic with the Young Country. To the attic with the Beacon to the World. Let them gather dust where (it is fervently to be hoped) gathering dust alongside them will one day lie the Truncheon to the World, flourished with such eloquence at Brighton on Tuesday.
C'est pas gentil pour Tony Blair, que j'aime bien je le répète mais il faut avouer que dès fois…. Mais David Aaronovitch, de l'Independent, lui même assez critique et n'ayant pas la langue dans sa poche, lui trouve des accents Churchillien, nécessaires dans ces périodes de crise, et approuve sa vision du monde comme communauté:
But Blair knows that no new order can be constructed without the marvellous, impossible Americans, and he has made it his mission to love-bomb the Bushites out of unilateralism and into full engagement with the world. After all, if interdependence requires our solidarity with Washington against terrorism, it also demands something of them. How else could you translate the passage dealing with climate change. "Kyoto is right," said Blair, "we will implement it and call upon all other nations to do so."

From his section on the European Union, and from his audience's response, it is clear that 11 September has made nationalism and provincialism more irrelevant than ever.

If Tony Blair is serious, and has the capacity to persuade others of his case, then this may turn out to be the most important conference speech of my lifetime. He even ended it with some poetic oratory. "The kaleidoscope has been shaken," he said, "the pieces are in flux, soon they will settle again. Before they do, let us reorder this world around us."
Indeed!

05 octobre 2001

>> Aah! Je suis enfin content de mon nouveau design. Ca devrait tenir pendant quelques temps comme ça, mais j'envisage un "major refurbishment" dans un mois ou deux! Sur le front du contenu on va essayer d'être un peu moins dispersé. Et puis je suprime les sous-titres :[...] empruntés à Linkmachinego, j'en suis pas content.
>> Suivez ce lien, et n'oubliez pas de cliquer sur les images qui défilent, vous aurez quelques surprises. Excellente animation. (nécessite le pluggin flash, que vous avez surement déjà, sinon chargez-le, c'est sans risque).
>> Le nouvel album de Leonard COHEN sort lundi, son titre: Ten New Songs. Un nouvel album de cet artiste est un évènement qui n'arrive pas souvent. Dans le LA Weekly lisez une interview passionnante et dans Gadflyonline une rétrospective de la carrière musicale de Léonard COHEN, longue et remarquable. (via wood_s_lot).
>> Mon neveu André-François avait recommandé ce livre dans son blog, j'ai tout de suite su que c'était exactement le genre de chose qui m'intéressait. J'ai acheté le livre (en français) et je l'ai lu quasiment d'une seule traite, j'y ai passé une partie de la nuit. JE PENSAIS QUE MON PERE ETAIT DIEU, anthologie de récits compilée par Paul AUSTER est un livre formidable, émouvant, inspirant. Ces 172 courtes histoires vraies, écrites par des américains, sont la partie émergée d'un iceberg de plus de 4000 histoires envoyées à l'écrivain pour son émission de radio sur National Public Radio (retrouvez cette émission mensuelle sur le site de NPR et écoutez Paul AUSTER, lui même, lire une histoire). De ces 4000 histoires écrites par des américains ordinaires Paul AUSTER en a sorti 172, pour les décrire je laisse parler Paul AUSTER:
Des quatre milles histoires que j'ai lues, la plupart étaient assez captivantes pour me maintenir en haleine jusqu'à la dernière ligne. Pour la plupart, elles ont été écrites avec une conviction simple et directe, et font honneur à ceux qui les ont envoyées. Nous possédons tous une vie intérieure. Nous avons tous le sentiment de faire partie du monde et pourtant d'en être exilés. Nous brûlons tous du feu de notre existence propre. Il faut des mots pour exprimer ce qui se trouve en nous et à de multiples reprises les participants m'ont remercié de leur avoir donné l'occasion de raconter leurs histoires, d'avoir "permis aux gens de se faire entendre". Ce que ces gens ont dit était souvent étonnant. Plus que jamais j'ai appris à apprécier à quelle profondeur et avec quelle passion nous vivons, pour la plupart, au dedans de nous-mêmes. Nos attachement sont féroces. Nos amours nous submergent, nous définissent, oblitèrent les frontières entre nous et les autres. Au moins un tiers des histoires que j'ai lues ont pour sujet la famille: parents et enfants, enfants et parents, maris et femme, frères et sœurs, grand parents. Pour la majorité d'entre nous, ce sont ces gens là qui occupent notre univers et, dans une histoire après l'autre, dans les plus sombres comme dans les plus humoristiques, j'ai trouvé ces relations articulées avec une force et une clarté impressionnantes.
Comment peut on dire mieux? J'ai eu plus d'une fois les yeux qui piquent à lire ces histoires simples, parfois un peu bizarres, toujours passionnantes. Un très très grand bouquin.

Le web est un médium extraordinaire pour ce genre de chose, sauf qu'il n'y a pas de sélection aussi précise et faite avec autant de goût qu'un Paul AUSTER, vous devez faire votre sélection vous même, selon vos accointances et vos intérêts, mais les weblogs, les diaries et les sites spécialisés de publications de ce genre d'histoires sont légions.

03 octobre 2001

>> [9-11] THE ECONOMIST fait le point sur l’enquête sur les attentats du 11 septembre. Des faits assez étonnants apparaissent:
1- Les américains avaient eu vent que quelque chose se préparait mais n’avaient pas eu assez d’éléments pour comprendre et réagir:
Colin Powell, America's secretary of state, admitted to the New York Times on October 2nd that officials had received “a lot of signs” that something terrible was brewing, but nothing specific enough to enable them to foil the terrorists.
2- Les terroristes auraient renvoyé l’argent en trop à leurs commanditaires:
One of Mr bin Laden's most trusted moneymen, investigators say, wired money to the hijackers' suspected ringleader before the attack. When the hijackers had made all the necessary preparations for their deed, they returned what was left of it. Since they were about to commit suicide, they had no further use for cash, but presumably they hoped it could be used to fund future atrocities.
3- Les auteurs de l’attentat étaient deux groupes différents: ceux qui ont appris à piloter (mais qui étaient parait-il peu motivés pour apprendre à atterrir) aux Etats Unis, six amis qui s’étaient connus en Allemagne et qui ont habité 18 mois aux US et les autres qui étaient un peu moins éduqués et qui devaient tenir en respect les passagers:
These six appear to have been close friends (three shared rooms while students in Germany), and to have stayed in America for up to 18 months before the attacks. The remaining 13 hijackers were younger, less well-educated and had arrived in America more recently. They were all apparently Saudi Arabian. On each plane, their role was to intimidate the passengers for long enough to allow their pilot to smash it into a prominent American landmark. (In the case of United Airlines Flight 93, they failed: passengers charged the cockpit and caused the plane to crash into a field in Pennsylvania, killing all aboard but no one else.)
While the hijackers lived in America, they left a trail, the significance of which is apparent only with hindsight. They hired cars, bought plane tickets, sent and received money, and made telephone calls. Some took lessons on flight simulators for a airliner, which they were keen to learn how to steer, but not to land.
Tous ces petits détails donnent beaucoup à réflechir, sur la psychologie des auteurs de l’attentat, sur l’ouverture de la société américaine, sur le niveau de préparation de l’attentat.
>> [philo] J'ai acheté le dernier livre de Michel SERRES: HOMINESCENCE et j'essaye de le lire, doucement… Michel SERRES est, ceux qui l'ont essayé le savent, vraiment pas facile à lire. Néanmoins sa prose est difficile certes mais d'une très grande beauté, c'est assez rare, je crois, chez les philosophes d'allier intelligence, profondeur de vue et poésie. COMTE-SPONVILLE écrit très bien mais son style est un peu sec, celui de SERRES est très poétique, lyrique par instant, ce qui, quand on parle de cybernétique, de sciences cognitives, de métaphysique ou de théorie des fractales, n'est pas un mince exploit. J'avais calé en essayant de lire ATLAS, il faudrait que je ré-essaye, tout ce que je peux dire c'est que son dernier livre est très beau et extrêmement intéressant, il y a des choses qui m'échappent un peu mais ce n'est pas particulièrement grave car il y des choses que je comprends et qui, sur le moment, m'éclairent (comme dans les BD quand un personnage a une idée et qu'une grosse ampoule s'allume au dessus de sa tête, aha!).
Michel SERRES est académicien et professeur d'épistémologie à l'université Stanford en Californie, il a écrit de nombreux ouvrages de philosophie.
Recherchant sur le web des articles de Michel SERRES je suis tombé sur une interview très intéressante qu'il a donné au Monde Alternatif sur le virtuel et l'internet. A tous ceux qui dénoncent les dangers de l'internet Michel SERRES à ceci à dire:
En fait, on peut distinguer les arguments "contre" extrêmement classiques, dont on ne s'aperçoit pas à quel point ils sont vieux et se répètent, et de très rares arguments qui, en effet, sont spécifiquement modernes. Parmi les critiques les plus ressassées, on trouve par exemple la quantité d'information que nous ne pourrons pas digérer tellement elle est énorme. Il y a une citation de Leibnitz que je donne souvent : "Cette horrible quantité de livres imprimés qui m'arrive tous les jours sur ma table va sûrement ramener la barbarie et non pas la culture." Leibnitz avait dit cela au XVIIe siècle à propos de l'imprimerie et des bibliothèques. Personne n'a lu toute la Grande Bibliothèque ni celle du Congrès à Washington. Mais le sujet collectif qui s'appelle "nous", l'humanité, l'a lue. Il n'y a pas un seul livre qui n'ait pas été lu par quelqu'un. Il faudrait quand même que ceux qui manipulent ces arguments ultraclassiques connaissent un peu d'histoire, un peu d'histoire des sciences et des techniques et un peu de philosophie. Cela les rassurerait tout de suite. Autrement dit, les nouvelles technologies ont deux caractéristiques. Premièrement, elles sont extrêmement anciennes dans leurs buts et leurs performances et extraordinairement nouvelles dans leurs réalisations.
Et en ce qui concerne la fracture culturelle entraînée par le fait qu'internet n'est accessible qu'à un petit nombre de gens, riches, qui possèdent un ordinateur:
En matière de fracture culturelle, la même comparaison s'impose. Là encore, la fracture existe surtout avec les systèmes les plus anciens. La télévision a plus apporté aux moins cultivés qu'aux plus cultivés. Ce sont d'ailleurs les gens hypercultivés qui la critiquent. De même, le téléphone de troisième génération va mettre des spectacles et de la culture à la portée de tout le monde. C'est toujours une affaire de coût. Et celui qu'imposent les nouvelles techniques est dérisoire par rapport à celui des anciennes.
Puis sur le "temps réel":
La souplesse apportée par le temps réel devient telle qu'il m'arrive, comme à beaucoup de mes amis, d'être déjà scandalisé par les processus anciens qui me paraissent dinosaures. Comme quand il faut se déplacer pour aller à un guichet. On en est encore là ! Ceux qui critiquent doivent s'apercevoir loyalement à quel point ils sont des dinosaures. Lorsque des jeunes de 16 ou 17 ans équipés de téléphones portables ou de courriel ne prévoient pas de se voir le soir, ils peuvent organiser une rencontre au dernier moment grâce à quelques messages. Auparavant, pour organiser la même rencontre, il aurait fallu plusieurs jours, s'écrire, nommer un patron... Ainsi, le temps réel rend dinosaure le temps d'autrefois. Et tout d'un coup, cela va être vrai pour le travail, l'administration, la politique, l'enseignement...
Il faut lire tout l'interview, c'est réjouissant. Quand on pense que ce jeune homme à 71 ans!

02 octobre 2001

>> [livre de voyage] LE LEOPARD DES NEIGES (Brice MATTHIESSEN).
A l'automne 1973 Peter Matthiessen part à pied de Kathmandou pour le Dolpo (haute vallée du Népal), en compagnie du naturaliste Georges Schaller pour observer les moutons bleus de l'Himalaya et, si possible voir le très rare léopard des neiges qui hante, dit-on, cette région reculée. Matthiessen a perdu sa femme quelques mois avant d'entamer ce voyage, il espère que cette équipée l'aidera à faire son deuil. Par ailleurs l'auteur est adepte du bouddhisme zen. La narration de ce voyage, récit classique d'expédition d'un coté, est bourré de métaphores et de mysticisme de l'autre, la quête du léopard et le long voyage vers le Dolpo deviennent une réflexion sur le sens de la vie, de la mort, une réflexion sur le bouddhisme et la spiritualité. A la fin de l'expédition les voyageurs auront rencontré nombres de créatures, auront appris à connaître l'énigmatique sherpa Tukten qui les accompagne, mais de léopard point, à part quelques traces dans la neige. Il reste toujours quelque chose qui nous échappe… Le livre est une ode au monde naturel, à la spiritualité bouddhiste. Ce livre est d'une très grande beauté, il est poétique, bien écrit et passionnant. On y apprend beaucoup de chose, on y voyage dans un pays lointain et fascinant et on approfondi sa vision du monde. Un trésor.
>> [pics] Chouette photo du Golden Gate dans le petit matin brumeux.
>> [lune] Pleine lune ce soir, ronde et jaune et énorme, s'élevant au dessus des toits des immeubles juste dans l'axe de ma fenêtre. Magnifique! Me rappelle cette très belle photo d'Ansel Adams: Moonrise, Hernandez, New Mexico.
>> [9-11] J'aurais pas dû! Non, je n'aurais pas dû lire l'éditorial d'Ignacio RAMONET dans le Monde Diplomatique. Ca m'a mis en colère, c'est pas bon pour ma tension, mon système cardio-vasculaire et ma sérénité! Grrrr! "Je ne suis pas d'accord avec vos idées mais je ferai tout pour que vous puissiez les exprimer" disait VOLTAIRE, des fois il faut se forcer quand-même!
>> [roman initiatique] TRAITE DU ZEN ET DE L'ENTRETIEN DES MOTOCYCLETTES (Robert M. PIRSIG)
Il y a quinze ans j'ai acheté ce livre parce que le titre me plaisait bien. Depuis je l'ai lu cinq fois en français ou en anglais. Si je devais établir un top ten de mes livres préférés celui-ci serait bien placé. C'est un roman qui se déroule à trois niveaux. Au premier niveau c'est le narrateur et son jeune fils qui voyagent en motocyclette à travers l'ouest des USA. Au deuxième niveau c'est l'histoire d'un mystérieux personnage, Phèdre, dont on ne sait qu'à la fin qui il est vraiment, à moitié fantôme, à moitié allégorie, ce personnage est lancé dans une quête philosophique et spirituelle qui le conduit au bord de la folie. Le troisième niveau est un chautauqua. Qu'est-ce qu'un chautauqua? Aux Etats Unis au XIXème siècle furent instituées des sortes d'universités populaires itinérantes, animés par des religieux méthodistes, qui enseignaient divers sujets intellectuels sous forme de débats itinérants, nés dans la ville de Chautauqua (Etat de New York) ces assemblées portèrent ce nom. Dans le roman c'est le coté didactique philosophique qui est appelé comme ça, le niveau où l'auteur nous explique la pensée de Phèdre. C'est donc un roman philosophique, voire même une initiation à la philosophie un peu comme Le Monde de Sophie. Et bien sûr il pose des questions: pourquoi l'opposition entre l'esprit (le zen) et le matériel (les motocyclettes), l'art et la technologie, il y a t-il nécessairement une séparation, qu'est-ce que la réalité, comment peut on la voir sans illusions, qu'est-ce que la vérité, comment vivre en se rapprochant de la sérénité sans oublier le réel, qu'est-ce qui cause notre insatisfaction, le passé et l'avenir sont ils réels? Ce sont quelques unes des questions que se pose le narrateur auquel Phèdre tente de répondre et qu'on discute dans le chautauqua littéraire. Le roman reste toujours facile à lire malgré le sujet assez intellectuel, la langue est simple, familière. C'est une quête spirituelle à laquelle on est convié et, pourvu qu'on se laisse entraîner, c'est profondément éclairant et satisfaisant. Si vous cherchez des informations sur le zen ou sur l'entretien des motocyclettes, par contre, vous pourriez être déçus!

01 octobre 2001

>> [nouvelles du monde] Le Sri Lanka, dont le taux de suicide est l'un des plus élevés au monde, s'est lancé dans une coûteuse campagne d'éradication du kaneru, une variété de laurier à grandes fleurs jaunes dont les graines empoisonnées peuvent provoquer la mort. (Yahoo - Actualités)
>> [cinéma] Excellente interview de John Malkovich dans le Guardian.
What [Malkovich] says seems less capricious now than gnomic, and there's a sort of sardonic wisdom in almost all of it. On terrorism, for example, he purrs: 'I think it'll just go on... we should invest in cemeteries.' He says of psychoanalysis, which he went through for many years: 'To me, it certainly beats religion, which is only less expensive in the short term.' He comments that film is a 'shallow medium', and adds, witheringly: 'I mean, there's a reason screens are only this thick.'
Malkovich fait partie de mes acteurs préférés, souvenez-vous de lui en Valmont des Liaisons Dangereuses!
>> [divers] La plus inattendue victime d'une campagne en Afghanistan pourrait être le léopard des neiges, il en resterait 150 dans ce pays. Selon le Daily Telegraph (Londres)
In Afghanistan, wildlife has suffered dreadfully during decades of warfare, making it increasingly hard for the snow leopards, living above the tree lines at 9,000 to 19,000 feet, to find their prey. Land mines have been a major threat, forcing the leopards into retreat as their food chain is reduced
>> [sumo] Taro Akebono, grand champion de sumo (yokosuna), 2,03 m et 220 kilos, originaire d'Hawaï (ancien nom: Chad Rowan), vient de faire ses adieux au dohyo à 32 ans. Il n'a pas pu s'empêcher de verser une larme lors de la cérémonie. Akebono n'était pas l'élégance même, fort de son poids et de sa taille il se contentait la plupart du temps de pousser très fort. Il a gagné 11 fois la coupe de l'Empereur et était yokosuna depuis 1993.