02 janvier 2004

:: Appliquer la loi

Pervers alibi communautaire - Daniel Sibony, à lire, extrait:
"[...] Dans l'esprit de beaucoup, la condamnation, pourtant prévue par la loi, est le signe d'un échec, comme si pour ceux-là tout le monde devait baigner dans l'amour ; comme si tout ce dont l'autre a besoin, c'est que nous lui donnions de l'amour et de la grâce, et non pas de la loi. La loi, c'est trop dur, trop pénible.

Cela soulève un problème plus profond : qu'est-ce qui fait que l'on se sent coupable quand l'adversaire est sanctionné ? Qu'est-ce qui fait que, par exemple, une fois Saddam Hussein tombé, la tendance ­ du moins en France ­est très vite de s'apitoyer sur lui et de le regarder comme une victime ? Risquons cette hypothèse : on se sent coupable comme si on avait joui de la loi, comme si on incarnait la loi lors de la sanction. Alors on se sent en faute d'avoir joui de l'autre grâce aux règles qu'on incarne. C'est là une posture particulière, car la loi, on ne l'incarne pas lorsqu'elle s'applique; elle est un tiers que nul ne figure sauf à en faire une loi narcissique.

Mais d'où vient ce fantasme que la loi est entre nos mains lorsqu'elle nous défend ?

En somme, on remarque que la culpabilité empêche les gens immatures d'appliquer la loi. Mais une fois qu'ils l'ont appliquée, ils ont un mouvement de remords (on pourrait dire qu'ils reculent comme effrayés et fautifs) et ils retrouvent, intacte, la culpabilité qui les empêchait de faire la loi. C'est un vieux débat, et là-dessus j'aimerais rappeler un texte millénaire qui oppose les vertus de la loi à celles des «bons sentiments» : si tu dois juger un pauvre, ne prends pas parti pour lui, rends-lui justice. Autrement dit, qu'il soit riche ou pauvre, fort ou faible, s'il a violé la loi, c'est de la loi dont il a besoin et non pas de la beauté de vos sentiments, laquelle est certes respectable, mais incapable de faire justice. Il ne faut pas confondre l'acte de faire la loi avec l'acte de jouir. De même, la victime, qui a fait appel à la loi, il faut l'aider à supporter que justice lui soit rendue. Sinon, dans la confusion émotive, l'acte de justice serait aussi insupportable que l'acte d'injustice."

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